Nichoirs et abris à insectes : ce qui sert vraiment
Nichoirs, hôtel à insectes, abri pour hérisson : dimensions, orientation, entretien. Ce qui marche vraiment pour héberger les auxiliaires avant l'hiver.
Nichoirs et abris à insectes, j’en ai bricolé une demi-douzaine avant d’admettre que la plupart ne servaient à rien. Le premier était un carré de pin, avec des pommes de pin collées à la colle à bois et une étiquette 4 étoiles achetée en jardinerie. Les abeilles ne l’ont jamais approché. Deux ans plus tard, une bûche de hêtre simplement percée de neuf trous, vissée sous un auvent de cabanon, était pleine de maçonnes en juin. C’est ce décalage qui m’a mis sur la piste : l’abri utile n’est pas celui qui est beau.
Le bon moment pour s’en occuper, c’est l’automne. Les nichoirs doivent être prêts avant les nuits de gel, les tiges creuses ne se posent pas en avril, et surtout il faut arrêter de ranger le jardin. Voilà ce que j’installe, avec du détail de dimensions et les trois choses que je ne referai jamais.
Où les auxiliaires passent réellement l’hiver
Il faut se méfier des images d’Épinal. L’hôtel à insectes n’est le dortoir de presque personne. Chaque groupe a sa stratégie, et deux sur trois passent l’hiver ailleurs.
Les coccinelles, déjà, ne dorment pas ensemble dans une boîte en sapin. Elles se rassemblent en masse sous les feuilles mortes tassées, dans les fissures du mur de pierres, derrière une écorce décollée, parfois dans un châssis. J’ai trouvé un groupe de plusieurs dizaines d’individus, en février, entre deux lames de lambris dans la cabane de jardin. Ce qu’elles veulent, c’est un lieu sec, frais, avec un peu d’obscurité, et surtout du calme.
Les chrysopes, elles, hivernent à l’état adulte, et elles sont frileuses. Elles cherchent un volume ventilé qui ne s’égoutte pas sur la tête. Les premières gelées les font sortir du potager et entrer dans les dépendances. C’est le seul insecte pour qui un abri commercial a un intérêt réel, à condition qu’il soit fermé sur trois côtés et ouvert en bas.
Chez les bourdons, seule la reine passe l’hiver, engourdie dans le sol meuble. Compost abandonné, talus, coin d’herbe non fauchée : elle s’y enterre de quelques centimètres et ne bouge plus jusqu’en mars. Un massif propre, sarclé, tondu, c’est un dortoir rasé.
Les carabes et les staphylins, eux, descendent dans la terre, souvent dans les vingt premiers centimètres, et remontent aux premières nuits douces. Ceux-là ne te demandent qu’une chose : ne pas retourner le sol à la bêche entre novembre et février. Et pour les amphibiens, ce sont les fonds de la mare qui servent de refuge ; j’en parle dans mon retour d’expérience sur la mare de jardin, parce que la profondeur de la fosse change tout.
L’hôtel à insectes : trier ce qui sert de ce qui décore
J’ai comparé mes deux bricolages, et la liste est brutale.
| Élément de l’hôtel | Utilité réelle | Ce que j’observe après trois ans |
|---|---|---|
| Tiges creuses (bambou, sureau évidé, ronce) | forte | occupé tous les ans par les abeilles maçonnes, le sureau plus que le bambou |
| Bûche feuillue percée de trous de 6 à 10 mm | forte | taux d’occupation élevé si les trous sont longs et bouchés au fond |
| Pierres plates empilées sous une planche | forte | carabes et araignées, plus de monde que dans tout le reste |
| Pommes de pin, mousse collée, écorces décoratives | nulle | nid à perce-oreilles en été, rien de plus |
| Trous de 10 à 15 mm dans du résineux traité | contre-productive | rien dedans, le résineux suinte et le traitement décourage |
| Boîte en fil tendu ou grillagée anti-guêpes | inutile | des toiles d’araignée, et voilà |
Le point que je n’avais pas vu venir, c’est la question de l’entretien. Les tubes et les bûches percées sont des logements collectifs : si personne ne les nettoie, les parasites et les maladies des abeilles solitaires s’y installent et se concentrent année après année. Une étude canadienne menée sur près de six cents hôtels à abeilles pendant trois ans a montré que les espèces natives y étaient davantage parasitées que les espèces introduites, et que la majorité des occupants étaient des guêpes, pas des abeilles (MacIvor et Packer, PLOS ONE 2015). Le message n’est pas d’abandonner, il est de changer les tiges.
Mon rythme : je remplace les tubes de bambou et de sureau tous les deux ou trois ans, en fin d’hiver, et je jette les vieux dans le fond du jardin. Une bûche percée, elle, se garde dix ans.
Construire un hôtel qui tient plus de deux hivers
Voici les cotes qui ont changé mon taux d’occupation, dans l’ordre d’importance.
Le diamètre des trous. Ce qui fonctionne se situe entre 4 et 10 mm. Autour de 6 à 8 mm, tu attires surtout les abeilles maçonnes, les osmies notamment, celles qui pollinisent mes fruitiers bien avant que les ruches du voisin ne se réveillent. Les plus gros diamètres, 8 à 10 mm, intéressent les mégachiles qui découpent des rondelles de feuilles. Au-delà de 12 mm, tu sors du marché.
La profondeur. Un trou de deux centimètres ne sert à rien : la femelle a besoin de place pour aligner ses cellules, une dizaine de centimètres au minimum. Je perce à 12 cm avec une mèche à bois, jamais au fond, et je brosse l’entrée pour retirer les éclats. Un passage rugueux décourage, et un éclat qui blesse une aile condamne la ponte.
L’orientation. Plein sud ou sud-est, incliné de dix degrés vers l’avant pour que la pluie ruisselle. Contre un mur, sous un débord de toiture, à 30 ou 60 cm du sol. Posé à une hauteur d’homme sous une gouttière, l’abri prend l’eau et moisit en une saison, je parle d’expérience.
La protection. Une grille à maille de 15 à 20 mm devant la façade, espacée de cinq centimètres. Sans elle, les mésanges vident les tubes en une matinée d’hiver, quand la nourriture manque. J’ai perdu la totalité de ma première récolte d’osmies comme ça.
Un mot sur l’emplacement général : un abri isolé au milieu d’une pelouse ne prendra personne. Pose-le en bordure d’un massif fleuri, près d’un tas de bois ou d’une haie, et pas à l’ombre du mur nord. L’hôtel ne se substitue pas au couvert : il s’y ajoute. Si ton jardin manque de haies, commence par ça, mon retour d’expérience sur la haie champêtre plutôt que le thuya détaille les essences qui accueillent vraiment du monde. Et si tu veux identifier tes locataires, les fiches de l’OPIE sur les abeilles solitaires sont les plus fiables que je connaisse.
Nichoirs : les bonnes cotes par espèce
Pour les oiseaux, on quitte l’improvisation. Les dimensions du trou d’envol comptent davantage que la déco, et l’orientation se discute sur les dix degrés près. Les chiffres ci-dessous viennent des fiches de la LPO, que j’utilise depuis que j’ai vu un nichoir à 28 mm occupé par des moineaux, mes mésanges s’étant fait évincer.
| Espèce | Trou d’envol | Fond intérieur | Hauteur de pose | Orientation |
|---|---|---|---|---|
| Mésange bleue | 26 à 28 mm | 13 x 13 cm | 2 à 4 m | est à sud-est |
| Mésange charbonnière | 32 mm | 14 x 14 cm | 2 à 4 m | est à sud-est |
| Mésange noire | 25 à 27 mm | 10 x 10 cm | 3 à 5 m | est |
| Moineau friquet | 32 mm | 14 x 14 cm | 3 à 5 m | est |
| Rougegorge | ouverture semi-ouverte | 12 x 12 cm | 0,5 à 1,5 m, caché | est ou nord |
L’orientation plein sud, c’est une surchauffe assurée dès la première canicule. Les nichées cuisent dans un volume de bois qui monte à 40 °C. J’oriente tout est ou nord-est depuis deux ans, et je n’ai plus une seule nichée perdue.
Deux détails que personne ne lit sur les notices. Un nichoir s’accroche sans balancier, à l’abri des vents dominants, et jamais avec un clou dans un arbre vivant : deux sangles ou un crochet sur une planche suffisent. Un toit légèrement débordant, incliné, avec une charnière, et tu peux ouvrir pour nettoyer. Le nettoyage, je le fais en février, pas en novembre, parce que les mésanges s’y couchent les nuits de gel comme dans un dortoir. J’ouvre, je brosse, un jet d’eau chaude, et je referme. Pas d’insecticide, jamais : un nichoir traité, c’est un piège pour la nichée suivante.
Hérissons, lézards et batraciens : trois abris qui ne se nettoient pas
Le hérisson est le seul de la liste pour qui un vrai abri se construit en une heure. Un tas de branches et de feuilles de 50 cm de haut, dans un angle tranquille, suffit : il en fait un nid d’hibernation de novembre à mars. La règle absolue, c’est de ne plus y toucher à partir d’octobre. Je l’ai appris en déplaçant le mien un dimanche de décembre, pour ranger. La hérissonne était dedans, elle est partie, et je ne l’ai pas revue de l’hiver.
Si tu veux quelque chose de plus net, une caisse de bois retournée, un toit de tôle par-dessus, et deux entrées coudées de 15 cm. Ça se pose au sol, sur une couche de feuilles, dans un endroit à l’abri du vent du nord. Pas de granulés anti-limaces dans le secteur : le métaldéhyde reste la première cause de mortalité du hérisson au jardin. Et les limaces finissent bien mieux régulées par un hérisson en forme que par un seau de produits.
Le lézard, lui, veut du minéral et du soleil. Trois ou quatre dalles empilées, avec des interstices de deux centimètres, posées en plein sud contre un mur. Il y hiverne dans les fentes, et il remonte dès février, alors qu’il n’y a encore rien à manger. L’erreur classique est le pierrier à l’ombre, ou le tas de gravats tassé au point qu’aucune cavité ne subsiste.
Pour les amphibiens, l’abri, c’est ton point d’eau. Rien à construire. Il faut simplement que la fosse soit assez profonde pour garder une couche d’eau libre sous la glace, autour du mètre pour un climat de plaine. En gel prolongé, je dégage la neige sur un tiers de la surface pour laisser la lumière passer.
Ce que je fais cette semaine au jardin
- Je laisse les feuilles mortes sur les planches et sous la haie. Ce sont les abris gratuits, et les meilleurs ; je détaille la méthode dans pailler avec les feuilles mortes.
- Je visse la bûche percée sous l’auvent du cabanon, plein sud, à 40 cm du sol, grille en place.
- Je coupe des tiges de sureau de 20 cm, un nœud au fond, et je les mets en fagot dans un tube de gouttière horizontal, ouvert à l’est.
- Je pose mes deux nichoirs côté est et je vérifie les sangles avant les coups de vent.
- Je ne touche plus au tas de branches derrière le poulailler, ni avant avril.
- Je laisse monter les cardères et les ombellifères en graines : les passereaux y mangent tout l’hiver.
Un jardin qui héberge coûte moins cher qu’un jardin traité. Il faut deux ou trois saisons pour que le compte soit à l’équilibre, ça ne se fait pas en un automne. Si tu partais de zéro, le portrait complet des prédateurs et de ce qui les attire est dans mon guide des auxiliaires du jardin. En attendant, si tu veux du matériel de coupe, de broyage ou d’arrosage sans te ruiner, mes comparaisons de modèles testés sont sur la page comparatifs, et le reste du blog est plein de retours de terrain, erreurs comprises.
Photo : Chris Reynolds, Geograph / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.
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