Bouturer groseillier et cassissier en automne : la méthode
Bouturer groseillier et cassissier en automne : quand couper, quel bois choisir, comment planter. La méthode pas à pas d'un jardinier, figuier compris.
Bouturer groseillier et cassissier en automne, c’est le geste le plus rentable du jardin. Une branche coupée en octobre devient un arbuste complet l’année suivante, sans rien dépenser. Je multiplie ainsi tous mes petits fruits depuis une dizaine d’années et je n’ai plus acheté un seul pied de groseillier ou de cassissier depuis longtemps. Mes premières tentatives ont pourtant fini en fagot de bois mort. Je coupais n’importe quel rameau, n’importe quand, et je m’étonnais que rien ne reprenne. La réussite tient à trois choses : la date, le choix du bois et une plantation soignée. Voici comment je m’y prends, sans matériel particulier.
Pourquoi l’automne est la meilleure saison pour bouturer
À la fin de l’été, les pousses de l’année durcissent et passent du vert tendre au marron. On dit qu’elles sont aoûtées. La sève redescend vers les racines, les feuilles tombent, la plante entre en repos. C’est le moment qu’attendent les boutures de bois sec, celles qui se plantent directement en terre et passent l’hiver sans surveillance.
Un rameau coupé en automne ne craint pas la sécheresse : il n’a presque plus de feuilles pour transpirer. Les racines se forment lentement pendant l’hiver et au début du printemps, sans que tu aies besoin d’arroser sans arrêt. Bouturer en été, c’est un autre monde : le bois vert pourrit facilement et le moindre oubli d’arrosage dessèche la bouture en deux jours. J’ai essayé, je ne recommence plus.
Le bouturage reproduit à l’identique la plante mère, ce que ne fait pas un semis. Un groseillier issu de graine ne ressemble pas forcément à ses parents, alors qu’une bouture est un clone exact, avec les mêmes fruits, le même port, la même résistance. Cette multiplication végétative sert bien au-delà des jardins : les équipes de restauration écologique de l’INRAE reconstituent des berges et des zones humides entières à partir de boutures de saules et de peupliers prélevés sur place. Si la nature sait faire, nos arbustes aussi.
Quel bois prélever sur le groseillier et le cassissier
Tout le secret tient dans le rameau choisi. Je prends les pousses de l’année, celles qui ont poussé au printemps et en été, grosses comme un crayon, fermes, bien aoûtées de la base à la pointe. Elles se reconnaissent à leur écorce marron clair, lisse, et à leurs bourgeons bien formés.
J’évite les branches de deux ans et plus, dont le bois est dur et souvent creux, et les rejets trop vigoureux qui partent du pied : leur bois se lignifie mal. Je coupe à la base, juste sous un bourgeon, avec un sécateur bien affûté. Une coupe franche, jamais écrasée. La propreté de la lame compte aussi, parce qu’un outil sale transporte les maladies d’un arbuste à l’autre. Le cassissier est sensible à la rouille et à l’anthracnose : si ton pied montre des feuilles tachées ou qui tombent trop tôt, ne le bouture pas cette année, tu ne ferais que propager le problème.
Chaque bouture mesure 20 à 25 centimètres. Je coupe le haut en biais juste au-dessus d’un bourgeon, et le bas bien droit juste en dessous d’un bourgeon. Le bourgeon du bas donnera les racines, ceux du haut donneront les tiges. Le sens compte énormément, j’y reviens dans les erreurs à éviter.
Quatre arbustes à bouturer cet automne, et leur reprise
| Arbuste | Bois prélevé | Longueur | Plantation | Reprise chez moi |
|---|---|---|---|---|
| Groseillier rouge à grappes | pousses de l’année aoûtées | 20-25 cm | pleine terre, deux bourgeons dehors | 7 pieds sur 10 |
| Groseillier à maquereau | pousses de l’année aoûtées | 20-25 cm | pleine terre, deux bourgeons dehors | 6 pieds sur 10 |
| Cassissier | pousses de l’année, même fines | 20-25 cm | pleine terre, deux bourgeons dehors | 8 pieds sur 10 |
| Figuier | rameaux d’un an, bois bien mûr | 30-40 cm | pleine terre, enterré aux deux tiers | 9 pieds sur 10 |
Ces chiffres viennent de mes dix dernières années de boutures plantées en pleine terre, dans le Nord de la France. Le cassissier est le plus coopératif, le groseillier à maquereau le plus capricieux. Le figuier, lui, est presque trop facile, je t’explique pourquoi plus bas.
Planter les boutures en pleine terre, pas à pas
Je ne bouture presque jamais en pot. En pleine terre, les racines poussent à leur rythme, sans jamais souffrir d’un substrat qui sèche ou qui se tasse. Seule exception : les terres lourdes et argileuses qui restent gorgées d’eau tout l’hiver. Là, les boutures pourrissent plus qu’elles ne s’enracinent, et je les démarre en godets remplis d’un mélange terreau et sable, dehors mais à l’abri des pluies battantes.
En pleine terre, je creuse une tranchée de 15 centimètres de profondeur, dans un coin du potager ou au pied d’un mur. Si la terre est compacte, je dépose un fond de sable grossier. Les boutures s’espacent de 10 à 15 centimètres, plantées verticalement, la coupe droite en bas, enterrées aux deux tiers. Deux bourgeons doivent rester à l’air libre, pas plus : tout ce qui dépasse nourrit des feuilles trop tôt, au détriment des racines.
Je rebouche, je tasse avec le pied, j’arrose une bonne fois. Puis je n’arrose plus. Mes premières boutures, je les ai choyées comme des plantes en pot, avec des arrosages quotidiens. Résultat : de la pourriture. L’automne et l’hiver apportent assez d’humidité, et la terre garde l’eau bien mieux qu’un godet.
Une couche légère de feuilles mortes ou de paille fine protège la ligne pendant les grands froids. J’ai comparé les différents paillages possibles au potager dans un autre article ; ici, quelque chose de simple suffit, qui laisse passer l’air. Je termine par une étiquette solide à chaque bout de ligne. L’année où j’ai planté trois variétés de cassissier sans les marquer, je me suis retrouvé avec un mélange impossible à démêler. J’ai mis deux ans à tout séparer, entre-temps les pieds s’étaient emmêlés.
Bouture de figuier : la plus facile de toutes
Le figuier mérite son paragraphe à lui, parce que sa bouture d’automne réussit presque toujours. Je prélève des rameaux d’un an, longs de 30 à 40 centimètres, et je les enfonce aux deux tiers en pleine terre, dans un sol bien drainé, contre un mur exposé sud si possible. Au printemps, neuf fois sur dix, les bourgeons gonflent.
Pourquoi une telle réussite ? Le figuier s’enracine avec une facilité déconcertante. La plupart des figuiers cultivés chez nous sont des figuiers communs, dont les fruits se forment sans fécondation, comme l’explique la page Wikipédia consacrée au figuier. Tu peux donc bouturer n’importe quelle variété, de la ‘Madeleine des Deux Saisons’ à la ‘Noire de Caromb’, et récolter des figues identiques à celles du pied mère. Pas de greffe, pas de porte-greffe, pas de secret.
Beaucoup trempent leurs boutures de figuier dans un verre d’eau jusqu’à l’apparition des premières racines. Ça marche, je ne dis pas le contraire. Mais les racines nées dans l’eau sont fragiles, blanches, et elles cassent à la plantation. Plantées directement en terre, mes boutures de figuier rattrapent toujours celles du verre, et elles souffrent moins le premier été.
Une chose à savoir : un figuier venu de bouture ne donne ses premières vraies figues qu’à partir de la deuxième ou troisième année. C’est long, mais l’arbre vit cinquante ans et plus, alors on oublie vite l’attente.
Les erreurs qui font échouer les boutures
- Planter à l’envers. Ma toute première rangée de groseilliers, je l’ai plantée la tête en bas sans m’en apercevoir : aucune reprise, évidemment. Depuis, je marque toujours le bas par une coupe droite et le haut par une coupe en biais. La coupe droite va dans la terre, point final.
- Prendre du bois trop jeune ou trop vieux. Le bois vert, encore souple, pourrit dans la terre. Le bois de trois ans, dur et creux, n’émet presque plus de racines. La pousse de l’année, aoûtée, reste le bon choix.
- Laisser les coupes sécher avant la plantation. Je prépare mes boutures et je les plante dans l’heure. Un rameau qui passe l’après-midi au soleil a déjà perdu une partie de ses réserves.
- Arracher pour vérifier. La tentation est grande, au printemps, de tirer sur la bouture pour voir si elle a pris. Je l’ai fait une fois, et j’ai cassé les jeunes racines toutes neuves. Si un bourgeon pousse, c’est que ça marche. On ne touche plus.
- Exposer les jeunes plants au plein soleil le premier été. Une jeune bouture a un système racinaire minuscule : elle boit moins qu’elle ne transpire. Je laisse mes lignes à mi-ombre la première année, ou je les paille épais.
- Oublier les limaces. Les pousses tendres du printemps sont un régal pour elles, et une bouture dévorée en mai, c’est tout l’hiver à recommencer. Mes pièges préférés sont détaillés dans mon article sur les limaces au potager.
De la bouture à la haie comestible
Au printemps suivant, les bourgeons qui débourrent annoncent la reprise. Mais la bouture reste fragile : ses racines sont encore minuscules, et le moindre coup de soleil ou passage de binette peut tout compromettre. Je laisse les jeunes plants en place pendant un an, je les désherbe, je les paille. Je ne les déplace qu’à l’automne suivant, en motte entière, vers leur emplacement définitif.
C’est là que ces plants gratuits prennent tout leur sens. Un groseillier ou un cassissier trouve naturellement sa place dans une haie comestible, au premier rang, là où on les cueille sans échelle. En multipliant toi-même tes arbustes, tu peux garnir dix mètres de haie pour le prix de deux pieds achetés. Les arbres fruitiers, eux, se greffent et se plantent autrement : je t’explique tout dans mon article sur la plantation des arbres fruitiers. Mais pour les petits fruits, la bouture d’automne reste la méthode la plus simple qui soit.
Bouturer ne demande ni talent particulier ni matériel coûteux : un sécateur propre, une tranchée, et l’automne fait le reste. Si tu débutes, commence par le cassissier, le plus généreux, et plante deux fois plus de boutures que de plants souhaités : tu pourras toujours offrir les surplus, et tes voisins te les réclameront vite. Pour le sécateur, les étiquettes ou le petit matériel qui dure, j’ai comparé ce qui vaut vraiment le coup dans mes comparatifs de produits testés au jardin, avant d’acheter. Et si l’envie te prend d’aller plus loin dans l’autonomie, les autres techniques du blog t’attendent, du compost aux semis d’automne.
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