Bouturer le figuier et le grenadier : la méthode d'automne
Bouturer le figuier et le grenadier en automne : prélèvement des rameaux, crossette, hormone, substrat et hivernage. Ma méthode testée sur dix ans.
Bouturer le figuier, c’est le geste le plus rentable du verger. Un figuier de pépinière coûte 25 à 40 euros, un grenadier souvent davantage, et les deux se multiplient avec un rameau de l’année et une poignée de sable. J’ai commencé par hasard, en plantant trois bouts de bois dans un pot oublié derrière la grange. Deux ont pris. Depuis, je fais une tournée de boutures chaque automne, et j’ai appris à mes dépens que le figuier pardonne presque tout alors que le grenadier ne pardonne rien. Voilà ce que je fais concrètement, du prélèvement à la mise en terre.
Pourquoi l’automne bat le printemps pour le figuier
Quand les feuilles tombent, l’arbre entre en repos. Le rameau que tu coupes est gorgé de réserves, il ne transpire plus par les feuilles, et il passe l’hiver à fabriquer du cal : cette masse de tissu cicatriciel d’où sortiront les racines. Tu ne fais rien, le bois travaille au froid.
Ma tentative de printemps a été plus laborieuse. Les boutures prélevées en mars se sont mises à débourrer tout de suite, avant d’avoir la moindre racine, et la moitié est morte dès les premières chaleurs en ayant vidé ses réserves. Sur les dix dernières années, mes boutures d’automne reprennent nettement mieux que celles de fin d’hiver. Je prélève donc après la chute des feuilles, entre la mi-novembre et la fin janvier selon les régions, en évitant les jours de gelée forte où le bois est cassant.
Choisir et couper les rameaux
Ce que je cherche sur l’arbre : du bois de l’année, sain, qui a poussé à la lumière. Un rameau de la grosseur d’un crayon (8 à 15 mm de diamètre), sans figue dessus, sans trace de chancre ni d’écoulement laiteux suspect. Les gourmands très vigoureux et tendres du sommet sont à éviter, tout comme les brindilles fines qui n’ont pas assez de réserves.
Je coupe des tronçons de 20 à 30 cm, portant trois à cinq yeux, avec un sécateur désinfecté à l’alcool entre deux arbres. Deux détails comptent plus qu’on ne le croit :
- La polarité. Je marque toujours le haut de la bouture par une coupe en biais, juste au-dessus d’un œil, et le bas par une coupe droite. Une bouture plantée à l’envers ne prend pas. Ma première année, j’ai perdu six boutures comme ça, dans un pot où j’avais tout mélangé.
Le grenadier, plus difficile à convaincre
Le grenadier (Punica granatum) enracine, mais avec moins d’enthousiasme que le figuier. Le bois est plus ligneux, plus dur, et l’arbre consacre moins d’énergie à se multiplier tout seul. Je prends des boutures un peu plus longues, 25 à 30 cm, prélevées sur du bois d’un an bien aoûté, et je n’hésite pas à passer par la bouture à crossette dont je parle plus bas. Sur les variétés ornementales à fleurs doubles, le taux de reprise tombe encore : mieux vaut viser une variété fruitière classique pour un premier essai.
La bouture à crossette, ou bouture à talon
C’est la technique des anciens pour le figuier, et c’est celle qui donne les meilleurs résultats chez moi quand je veux être sûr du coup. Au lieu de couper net, tu attrapes le rameau à sa base et tu tires vers le bas en déchirant : tu emportes un petit éclat de bois de deux ans, appelé crossette ou talon.
Pourquoi ça marche mieux ? Parce que ce talon contient des réserves concentrées et des tissus déjà lignifiés, exactement là où se forment les premières racines. Pas besoin de sécateur pour l’arracher, juste d’une main ferme et d’un mouvement franc. Je laisse sécher la plaie une journée à l’ombre si le temps est humide, puis je plante.
Sur le grenadier, la même approche fonctionne avec les drageons : ces rejets qui sortent du pied de l’arbre. Tu les détaches en hiver avec un morceau de racine, tu recoupes à 20 cm, et tu repars d’un plant déjà vigoureux. C’est plus rapide qu’une bouture classique et ça produit un arbre qui fleurira plus tôt.
Hormone, eau de saule, miel : ce qui sert vraiment
Pour le figuier, je ne mets rien. Le bois reprend tout seul, à condition d’avoir un substrat drainant et de ne pas noyer la bouture. Pour le grenadier, en revanche, je passe une poudre d’hormone de bouturage à base d’acide indolylbutyrique. Ce n’est pas un miracle, mais sur un bois réputé difficile, le gain est réel : je passe d’environ une reprise sur trois à deux sur trois.
Les recettes maison, j’ai essayé. L’eau de saule et l’eau miellée n’ont rien changé de visible chez moi, et le miel non dilué m’a surtout attiré des fourmis dans la caisse. Je n’ai jamais trouvé d’essai public sérieux montrant un effet comparable à l’acide indolylbutyrique sur ces deux espèces. Tant qu’on ne me sort pas de données solides sur le sujet, je garde ma petite boîte de poudre, elle coûte moins de dix euros et dure des années.
Substrat, profondeur, arrosage
Mon mélange de base est simple et il fonctionne pour les deux : deux tiers de terreau de bouturage fin, un tiers de sable de rivière ou de perlite. Un substrat qui se tient à l’eau plus de deux secondes entre les doigts est trop lourd. J’enterre la bouture aux deux tiers, en laissant deux yeux dehors au maximum.
| Critère | Figuier (Ficus carica) | Grenadier (Punica granatum) |
|---|---|---|
| Type de bouture | Bois dur, ou crossette | Bois dur, crossette ou drageon |
| Longueur du rameau | 20 à 30 cm | 25 à 30 cm |
| Hormone de bouturage | Pas nécessaire | Recommandée |
| Délai de reprise | 4 à 8 semaines au chaud | 6 à 10 semaines |
| Taux de réussite chez moi | 7 sur 10 environ | 4 à 6 sur 10 selon la variété |
| Rusticité de la bouture | Faible avant enracinement | Très faible avant enracinement |
| Mise en pleine terre | Printemps suivant possible | Attendre 2 ans et protéger |
Le piège numéro un, c’est l’eau. À l’automne et en hiver, la bouture boit presque rien et un substrat détrempé fait pourrir la base en trois semaines. J’arrose une fois à la plantation, généreusement, pour tasser la terre autour du bois. Ensuite, un arrosage léger tous les quinze jours en hiver s’il ne pleut pas, et je repars sur des arrosages suivis seulement quand les bourgeons débourrent au printemps.
Hivernage : la vraie difficulté du grenadier
Une bouture non enracinée n’est pas rustique. Elle n’a pas la souche protectrice de l’arbre adulte et le froid lui est fatal bien avant les -10 ou -12 °C qu’encaisse un vieux figuier. Si la motte gèle d’un bloc, il n’y a rien à sauver.
Trois solutions selon la place que tu as :
- Une caisse de boutures non chauffée, contre un mur exposé nord ou dans un garage hors gel. C’est ce que je fais maintenant, et c’est de loin le plus fiable.
- En pleine terre dans une pépinière, avec un paillage épais de feuilles mortes et un voile posé dès que le thermomètre descend sous -3 °C.
- En pot, hiverné sous abri. Attention aux mulots : un paillis épais et une caisse au sol, c’est un garde-manger pour eux. Je surélève mes pots de dix centimètres ou je les place en hauteur.
Deux ou trois yeux dehors suffisent. Le reste de l’hivernage se résume à éviter les extrêmes : une serre froide qui monte à 25 °C en février puis retombe la nuit réveille les bourgeons trop tôt, et la pousse qui suit crame à la première gelée blanche.
Reconnaître la reprise au printemps et repiquer
Le feuillage qui apparaît en mars ne prouve rien. Une bouture peut débourrer sur ses propres réserves puis mourir en trois semaines faute de racines. Les vieux pépiniéristes appellent ça la pousse de la mort, et j’y ai cru trois ans de suite avec des grenadiers. Le signe fiable, c’est une feuille qui se tient, se colore et durcit, avec des pousses qui s’allongent.
Je ne tire jamais sur une bouture pour voir si ça a pris. C’est le geste qui casse les radicelles d’un seul coup, et tu perds ton année. Le repiquage se fait à l’automne suivant ou au printemps d’après, quand la motte se tient. Un figuier issu de bouture peut rejoindre le verger à un an, dans une situation chaude et drainée. Le drainage, c’est justement le point qui décide de tout, et j’en détaille les règles dans mon article sur la plantation du figuier en pleine terre. La culture contre un mur reste le meilleur choix pour qui veut récolter tôt. Le grenadier attend deux ans en pot et gagne à être planté au printemps, pas en automne.
Les erreurs qui m’ont coûté des boutures
- Des rameaux trop verts ou trop mous, prélevés en bout de branches en pleine pousse d’octobre.
- Un substrat lourd, du terreau de rempotage pur, qui garde l’eau tout l’hiver.
- Une caisse posée plein gel, en plein vent, par manque de place ce mois-là.
- Des variétés de grenadier choisies pour la fleur plutôt que pour le fruit, avec une reprise décevante.
Ce que ça donne au bout de quelques années
Une bouture de figuier demande trois à quatre ans avant de te donner une vraie récolte, parfois deux seulement contre un mur chaud. Un grenadier arrivé à ce stade fleurit à la fin du printemps et mûrit ses fruits sur les étés les plus chauds, ce qui n’est pas donné dans la moitié nord de la France. Bouturer, c’est aussi se donner le droit de rater : un plant de trois euros d’achat peut devenir trente plants gratuits en quelques saisons, à échanger avec les voisins ou à planter en haie fruitière. C’est la partie du verger que je préfère, celle où on fabrique ses arbres au lieu de les acheter.
Si tu débutes et que tu veux poser un verger sans te ruiner, regarde comment planter un arbre fruitier en racines nues et notre guide de la taille des arbres fruitiers. Pour tout ce qui touche au matériel de coupe et à l’entretien des jeunes plants, un tour sur la page comparatifs évite les achats inutiles. Et si tu veux t’entraîner sur du bois qui pardonne tout, commence par le bouturage du groseillier et du cassissier, puis reviens au figuier quand tu as le coup de main.
Sources
- Royal Horticultural Society, fiche de culture du figuier : rhs.org.uk/fruit/figs
- Figuier commun, description botanique et biologie : fr.wikipedia.org
- Grenadier, description botanique et culture : fr.wikipedia.org
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