Cultiver la verveine citronnelle : bouture, gel, séchage
Cultiver la verveine citronnelle : bouturage en août, taille au printemps, hivernage hors gel et séchage qui garde le parfum de citron. Retour d'expérience.
La verveine citronnelle est la seule plante de mon jardin que je froisse au passage, sans raison, juste pour l’odeur sur les doigts. Une feuille suffit à parfumer une pièce. Le problème, c’est qu’elle ne passe pas l’hiver chez moi, dans l’Oise, et que j’ai mis trois ans à l’admettre. Deux plants achetés en pleine terre, deux plants morts en février, une souche noire que j’ai arrachée en avril en me disant que c’était encore le gel. Depuis, tout se passe en pot, avec une remise hors gel en novembre et un bouturage chaque mois d’août pour avoir des plants de rechange. C’est contraignant. C’est aussi la seule façon d’avoir de la vraie verveine à tisane et pas le sachet du commerce.
Verveine citronnelle, verveine odorante, verveine tout court : trois choses différentes
Le nom exact est Aloysia citrodora Palau, famille des Verbenaceae, un arbuste ligneux originaire des Andes, où il pousse du niveau de la mer jusqu’à 3 000 mètres. La plante est arrivée en Europe au XVIIIe siècle et a changé de nom plusieurs fois : on la trouve encore chez les pépiniéristes sous Aloysia triphylla, Lippia citriodora ou Verbena triphylla. Ce sont les mêmes plantes.
Le détail qui compte : citrodora signifie parfum de cédrat, et non citriodora. La plupart des étiquettes se trompent, ce n’est pas grave, mais ça explique pourquoi on trouve deux orthographes dans les catalogues.
La confusion plus gênante concerne la verveine officinale, Verbena officinalis, l’espèce sauvage de nos bords de chemin. Même famille, aspect totalement différent : une herbacée de 60 cm, tiges anguleuses, petites fleurs bleu-mauve en épis grêles, feuilles amères et sans le moindre parfum de citron. C’est pourtant elle qu’on trouve dans beaucoup de tisanes vendues comme “verveine”. Goûte une infusion des deux côte à côte et tu ne les confondras plus jamais.
| Critère | Verveine citronnelle | Verveine officinale | Mélisse |
|---|---|---|---|
| Nom latin | Aloysia citrodora | Verbena officinalis | Melissa officinalis |
| Port | arbuste ligneux, 1 à 2 m | herbacée, 40 à 80 cm | herbacée vivace, 50 cm |
| Feuilles | lancéolées, verticillées par 3 | lobées, rugueuses, amères | ovales, dentées, gaufrées |
| Odeur froissée | citron franc et puissant | quasi nulle | citron plus doux, mentholé |
| Rusticité sous climat tempéré | nulle en pleine terre | bonne | bonne |
| Usage principal | tisane, desserts, sirop | tisane médicinale amère | tisane, salades |
La citronnelle, Cymbopogon citratus, est encore autre chose : une graminée tropicale à tiges dures qui donne une infusion proche, et c’est elle qui sert le plus souvent à falsifier les sachets. Si l’étiquette ne précise pas l’espèce, considère que tu achètes de la citronnelle.
Le gel décide de la culture, pas l’envie
Aloysia citrodora n’est pas rustique sous climat tempéré, c’est écrit noir sur blanc dans les flores. Les pépinières la classent en zone 8 ou 9 selon les auteurs, autrement dit : elle encaisse quelques heures à -4 ou -5 °C sur un sujet bien aoûté, et meurt sur une semaine à -8 °C. Dans le Sud, elle passe l’hiver dehors sans problème et devient un arbuste de deux mètres. En Picardie, elle ne passe pas.
Trois solutions, testées.
En pot, c’est le plus sûr. Un contenant de 25 à 30 litres, terreau mélangé à un tiers de sable grossier ou de pouzzolane, drainage au fond sur cinq centimètres. Une verveine dans un substrat lourd et arrosé tous les deux jours jaunit et perd ses feuilles par les racines, pas par la sécheresse.
En pleine terre avec protection, ça marche tant que l’hiver reste doux. Je plante contre un mur plein sud, je paille épais au pied en novembre, et je rabats la touffe à 30 cm en même temps, pas plus. Le mur restitue la chaleur de la journée, le paillis isole la souche. Sur quatre hivers, j’ai perdu la partie aérienne trois fois, la souche une seule.
En serre froide, elle tient mais s’étiole : lumière insuffisante de décembre à février, arrosages à doser au minimum, et souvent une attaque d’araignées rouges au printemps. La serre froide sert surtout de sas entre l’extérieur et la maison.
Un mot sur le pot et le froid : la motte gèle plus vite qu’une pleine terre, et le gel descend par le haut du substrat. Une jardinière posée sur des cales, contre un mur, sous un voile doublé, voilà ce qui m’a sauvé deux hivers difficiles.
Bouturer en août, la seule multiplication qui tienne
Le semis existe, il ne sert à rien. Les graines d’Aloysia germent mal et irrégulièrement, les plants obtenus sont variables en parfum, et il faut deux ans pour avoir un arbuste. Les pépiniéristes eux-mêmes multiplient par bouture.
La bonne fenêtre chez moi : la deuxième quinzaine d’août, quand les pousses de l’année commencent à durcir à la base sans être encore lignifiées. Une bouture de fin septembre prend aussi, mais elle passe l’hiver juste enracinée, ce qui est fragile.
La bouture en godet, pas à pas
- Prélève des tiges de 10 à 12 cm, juste sous un noeud, sur du bois de l’année qui casse net et ne plie pas.
- Supprime les feuilles du bas sur les deux tiers de la tige, garde trois ou quatre feuilles en tête.
- Trempe la base dans de l’eau, puis dans une poudre d’hormone si tu en as. Sans hormone, ça prend aussi, avec deux semaines de plus.
- Pique dans un godet de 9 cm rempli de moitié terreau, moitié sable, arrose une fois, couvre d’une bouteille coupée ou d’un sac perforé.
- Place à la lumière sans soleil direct, jamais en plein cagnard. Aérez tous les deux jours pour éviter la pourriture grise.
- Racines visibles au bout de trois à cinq semaines. Je tire doucement sur la tige au bout d’un mois : si elle résiste, c’est bon.
Le taux de réussite tourne chez moi autour de six sur dix, sans hormone, avec le couvercle. Sur douze boutures faites en août 2024, j’ai obtenu huit plants dont un que j’ai donné, et une bouture faite dans l’eau sur un rebord de fenêtre n’a jamais produit de racines solides, juste un cal brun qui a pourri au repiquage. L’eau, c’est bon pour le basilic. Pour la verveine, substrat.
Le marcottage marche aussi, et sans surveillance. Une branche basse couchée au sol, un peu de terre par-dessus, une pierre pour tenir : racinée en un mois et demi. C’est la méthode que je réserve aux pieds installés depuis deux ans, quand j’ai besoin de deux ou trois plants sans passer par les godets.
Rabattre au printemps, jamais avant l’hiver
La verveine citronnelle fleurit sur les rameaux de l’année. Tailler en novembre, c’est deux erreurs d’un coup : tu ouvres la plante au gel et tu coupes le bois qui aurait porté les fleurs si l’hiver avait été clément.
Ma règle, après avoir fait le contraire pendant deux ans : on taille en mars ou début avril, dès que les gelées sérieuses s’éloignent et que des bourgeons démarrent. À ce moment-là, on rabat franchement, à 20 ou 30 cm du sol pour un plant en pot, à 40 cm pour un pied en pleine terre dans le Sud. Le plant repart en avril-mai, et cette fois les pousses sont vigoureuses et le feuillage serré.
En cours de saison, je pince seulement les extrémités trop longues pour garder une forme compacte, et je coupe sous les fleurs après la floraison pour provoquer une seconde poussée de feuilles. Une taille de nettoyage en fin de récolte, septembre, suffit.
Un détail qui explique bien des échecs : la plante perd ses feuilles en automne. C’est normal, c’est un arbuste caduc. Beaucoup de jardiniers la jettent à ce moment, persuadés qu’elle est morte. Le bois reste vert, la plante dort, elle reverdit en mai. Ne jette rien avant juin.
Récolter et sécher : ce qui garde vraiment le citron
Les feuilles se récoltent de juin à septembre, sur un plant installé, en prélevant au maximum un tiers du feuillage. Le matin, après évaporation de la rosée, est le meilleur moment : la plante est gonflée d’eau et les composés aromatiques sont au plus haut dans la feuille.
Ce qui se passe au séchage déçoit souvent. L’arôme de la verveine est porté par des huiles volatiles, surtout du citral. Séchée à la chaleur d’un four ou au plein soleil, elle perd l’essentiel de son parfum en quelques heures et prend un goût de foin. Ce n’est pas une fatalité, c’est une question de méthode.
| Méthode | Temps | Parfum obtenu | Remarque |
|---|---|---|---|
| Séchage à l’ombre, en petites bottes | 5 à 8 jours | très bon | pièce aérée, 20 à 25 °C, pas de soleil direct |
| Déshydrateur à 35-40 °C | 3 à 5 heures | bon | porte entrouverte, ne jamais monter au-delà |
| Congélation en sachet, feuilles entières | 6 à 12 mois | excellent | sortir la feuille au dernier moment, ne pas décongeler |
| Sirop ou liqueur maison | 1 an | excellent | 300 g de sucre pour 1 litre d’eau, feuilles infusées à froid |
| Bocal mal fermé, à la lumière | 3 mois | médiocre | l’erreur classique, le parfum s’échappe |
Mes bocaux se conservent un an dans un placard sombre, étiquetés avec le mois de récolte. Au-delà, la tisane reste buvable mais perd sa signature citronnée. La congélation, en sachets compressés où les feuilles ne se touchent pas trop, donne le meilleur résultat en infusion d’hiver, largement devant le séchage.
La tisane, les desserts, et ce qu’il faut éviter
Feuilles fraîches ou séchées en infusion, 5 à 6 feuilles pour une tasse, eau à 90 °C, cinq minutes. Trop longtemps, ça devient amer. La plante est utilisée en Europe comme médicament végétal traditionnel pour les tensions nerveuses légères et les troubles digestifs légers, ce que confirme la monographie européenne de l’EMA sur la feuille de verveine citronnelle. Traditionnel, cela veut dire usage ancien documenté, pas essai clinique démonstratif. Je m’en tiens là, et je bois la mienne le soir sans prétendre soigner quoi que ce soit.
Côté cuisine, les feuilles ciselées parfument une salade de fruits, un yaourt, une panna cotta. Le sirop, fait à froid pour ne pas cuire l’arôme, sert de base à des boissons d’été. Une liqueur maison avec de l’alcool à 40°, trois semaines de macération, un sirop ajouté ensuite : c’est la seule transformation que je fais en quantité.
L’huile essentielle, elle, n’est pas un produit anodin. Riche en citral, elle est photosensibilisante : quelques gouttes sur la peau avant une exposition au soleil et tu récoltes une brûlure. L’usage interne se fait avec un professionnel de santé, pas au hasard d’une recette trouvée en ligne. Pour la maison, la feuille sèche suffit.
Trois erreurs qui m’ont coûté des plants
La première : acheter en avril et planter en pleine terre sans attendre. Un plant de pépinière sort de serre chauffée, il n’a aucune acclimatation. Il a grillé sur place en une nuit à -2 °C.
La deuxième : nourrir. J’ai arrosé mes pots avec du purin d’ortie toutes les deux semaines en croyant bien faire. Résultat, un arbuste énorme, vert sombre, presque sans parfum. Une terre trop riche pousse la plante à faire du feuillage. Depuis, un apport de compost en surface au printemps, et rien d’autre.
La troisième : laisser la plante dans un coin mi-ombre parce que le pot était lourd. Elle a poussé, mais maigre, avec des entre-noeuds longs et des feuilles pâles. Plein soleil, un point c’est tout. C’est en situation chaude et un peu sèche que le feuillage concentre son huile essentielle.
Pour l’hivernage, une véranda non chauffée ou un garage lumineux suffit, avec deux ou trois arrosages dans l’hiver. Dans une pièce chauffée à 20 °C, la plante survit mais s’épuise et attire les araignées rouges. Garde-la au frais, autour de 5 à 10 °C, et laisse-la tranquille.
Si tu démarres et que tu hésites entre plusieurs aromatiques à parfum de citron, commence par la mélisse : elle est rustique, tolérante, et te fera patienter. La page sur cultiver la mélisse détaille son confinement, parce qu’elle aussi a un défaut : elle envahit. Quand tu auras pris le pli des boutures, la multiplication des aromatiques te donnera les gestes communs au thym, au romarin et à la sauge, et la fiche sur l’hivernage des plantes aromatiques t’évitera de perdre tes pots en janvier. Pour les contenants, substrats et voiles, la page comparatifs regroupe ce qui tient vraiment dehors en hiver.
La verveine citronnelle demande plus de soins qu’une sauge et donne moins de volume qu’un figuier. Mais une tasse de ses feuilles, en janvier, vaut les trois godets de boutures d’août et la rentrée de pot dans le garage. Et la plante elle-même, froissée au passage, reste la meilleure raison de la garder près de la porte.
Sources : monographie européenne de la feuille de verveine citronnelle (EMA), rapport d’évaluation de l’EMA sur Aloysia citrodora, Wikipédia, Aloysia citrodora.
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