Cultiver le chou kale : semis, coupes et résistance au gel
Cultiver le chou kale : semis d'avril à juillet, coupes successives, résistance au gel jusqu'à -12 °C, altises et piérides, variétés frisées ou noires.
Cultiver le chou kale ne demande ni serre ni tour de main. Ce chou se sème en plein air, pousse dans un sol ordinaire et passe l’hiver sans voile dans la plupart des régions. Chez moi, dans l’Oise, c’est la seule brassicée qui occupe encore une planche entre novembre et mars, quand les choux pommés ont été mangés ou pourris au collet. Le détail qui change tout n’est pas la variété, c’est la date de semis. Un kale semé en mars donne des feuilles dures en plein été. Un kale semé fin juin remplit une planche tout l’hiver.
Un chou vorace en azote, à l’aise dans un sol frais
Le kale appartient à Brassica oleracea, le même groupe que le chou de Milan et le chou-fleur, mais il ne forme pas de pomme. Il pousse en tige, produit des feuilles du bas vers le haut et continue tant que la température reste au-dessus de 5 °C. Cette absence de pomme explique sa rusticité : rien à faire éclater, rien à protéger.
Ce qu’il demande, c’est de l’azote et de l’eau. Pas une montagne de compost, juste une planche correctement nourrie. J’enfouis 3 à 4 cm de compost mûr sur la planche deux semaines avant la plantation. L’an dernier, j’ai testé une bande sans compost, par économie de matière. Résultat : feuilles jaunes dès septembre, tiges fines, deux coupes au lieu de cinq. Le kale dit vite quand il a faim.
Le pH compte pour une raison précise : la hernie des crucifères. Ce champignon du sol (Plasmodiophora brassicae) provoque des racines en massue et tue la plante sans remède curatif. Il se plaît sous pH 6,5. Tu peux semer un kale dans un coin acide et le voir crever en août sans comprendre. La fiche culturale choux du GRAB rappelle d’ailleurs qu’une rotation de plusieurs années est indispensable sur cette famille. Chez moi, trois ans minimum, cinq quand une planche a montré des racines déformées.
Frisé, palmier, noir de Toscane : le choix qui décide du goût
Tous les kalés ne se cuisinent pas pareil. Le frisé tient à la cuisson, le noir de Toscane se poêle en cinq minutes, le rouge de Russie se mange cru en jeunes pousses. Voilà comment je les classe après plusieurs saisons.
| Variété | Feuille | Rusticité annoncée | Usage | Ce que j’en pense |
|---|---|---|---|---|
| Westland Winter | très frisée, vert bleuté | -12 °C | soupes, gratins, cuisson longue | productif, mais coriace cru |
| Nero di Toscane | plate, très foncée, nervures claires | -10 °C | poêlée, pâtes, chips | le meilleur au goût, repousse bien |
| Redbor F1 | frisée pourpre | -12 °C | assiette, décoration | couleur superbe, fade en bouche |
| Rouge de Russie | dentelée, tige rouge | -15 °C | salades, jeunes pousses | tendre, mais c’est un Brassica napus |
| Chou de Daubenton | large, lisse, vivace | -12 °C | coupes pendant 5 à 8 ans | ne se sème pas, se bouture |
Le chou de Daubenton mérite un mot. C’est un chou vivace, multiplié par boutures de tiges, qui donne des feuilles toute l’année pendant des années. Intéressant pour qui ne veut plus semer. En contrepartie, il occupe la planche à demeure et n’aime pas être déplacé.
Deux variétés suffisent dans un potager familial : un frisé rustique pour l’hiver et un noir de Toscane pour la cuisine rapide. Les sachets coûtent moins de 4 euros et se gardent trois ans au sec.
Semer d’avril à juillet selon la récolte visée
La graine germe entre 15 et 20 °C, en cinq à huit jours. En caissette, je sème à 1 cm de profondeur, en lignes espacées de 5 cm, puis je couvre d’un voile dès le premier jour. Sans voile, une caissette peut être vidée par les altises avant la levée complète.
| Semis | Plantation | Récolte | Remarque |
|---|---|---|---|
| mars à avril | mai | juillet à octobre | feuilles plus dures, arrosage suivi obligatoire |
| mai à juin | juillet | octobre à mars | le créneau le plus fiable |
| juillet | août à septembre | novembre à avril, en petites feuilles | plants courts, récolte en coupes fines |
Le semis de juin est celui que je ne rate plus. Les plants profitent de la chaleur pour s’installer, puis la baisse de septembre lance la production. Un kale de ce créneau passe l’hiver sans protection dans l’Oise, avec parfois quelques feuilles grillées sur le dessus après un -9 °C.
Semer en juillet fonctionne aussi, à condition de repiquer petit, à 25 cm, et de récolter en jeunes feuilles. La plante n’a pas le temps de faire une tige solide avant les froids.
Planter à 40 cm, collet à peine enterré
Le repiquage se fait quand le plant a quatre ou cinq vraies feuilles, jamais avec la motte qui s’effrite. Un kale repiqué en plein soleil de juillet souffre deux jours, puis redémarre. J’arrose copieusement au pied, une fois, et je paille aussitôt avec 5 cm de tontes séchées ou de feuilles broyées.
Attention au collet. Enterré de 2 cm, il pourrit en novembre. Posé à ras du sol, il tient. Sur une planche lourde, je plante sur une légère butte de 5 cm pour que l’eau s’écarte du pied.
L’espacement dépend de la récolte. 40 à 50 cm pour des plantes que tu veux couper pendant six mois, 25 à 30 cm pour des jeunes pousses récoltées en une fois. Planter serré ne double pas la récolte, ça donne des tiges plus fines et plus de pucerons.
Pas d’azote en septembre
C’est le piège dans lequel je suis tombé deux hivers de suite. Un purin d’ortie fin septembre, par réflexe de jardinier, et des feuilles énormes, gorgées d’eau, qui ont grillé au premier -6 °C en décembre. Une plante trop poussée en fin de saison est plus sensible au gel qu’une plante qui ralentit.
Je nourris donc uniquement à la plantation, avec du compost, puis j’arrête. Si les feuilles palissent en octobre, un arrosage et un paillage suffisent souvent : c’est un problème d’eau, pas de fertilisation.
Altises, piérides et pucerons cendrés
Trois attaques dominent, et une seule protection règle les deux premières : le voile anti-insectes posé du semis à la mi-juin. Les altises percent les jeunes feuilles de dizaines de trous, les piérides pondent en paquets jaunes sous les feuilles et leurs chenilles peuvent dépouiller une plante en dix jours. Sous voile, ni l’une ni l’autre.
Le puceron cendré arrive plus tard, à l’automne, sur les jeunes pousses du cœur. Un jet d’eau et du savon noir dilué suffisent souvent. Les coccinelles font le reste quand la haie à côté n’a pas été taillée ras. Le potager voisin d’une haie diversifiée se défend mieux, ce n’est pas une impression.
La mouche du chou, elle, attaque les racines en juin. Buttage au mois d’août, rotation stricte et voile au printemps limitent les dégâts. Un plant qui se couche en plein été sans raison visible a souvent des larves dans les racines.
Couper les feuilles du bas, laisser le cœur intact
Une plante bien conduite donne quatre à six coupes. Je prends les trois ou quatre feuilles les plus basses, en laissant toujours six à huit feuilles au centre. La coupe se fait au couteau, à 1 cm de la tige, le matin quand la plante est gonflée d’eau.
Sur un noir de Toscane, tu peux aussi couper la tête entière à 10 cm du sol. La plante émet deux ou trois repousses latérales. C’est plus rapide à préparer, moins productif sur la durée. Sur les frisés, je ne le fais pas, ça épuise le pied.
Un kale laissé sans récolte finit par monter en fleur en mars de sa deuxième année. La hampe atteint 1,50 m, couverte de fleurs jaunes très visitées. Les graines mûrissent en juin, sur les plants isolés d’une autre variété. C’est la façon la plus simple de garder sa lignée, à condition d’accepter que la planche reste occupée jusqu’en juillet.
Le gel ne tue pas, il sucrera
Les catalogues annoncent -10 à -12 °C pour les kalés frisés, un peu moins pour les noirs de Toscane. Le froid déclenche une conversion d’amidon en sucres dans les feuilles, ce qui explique le goût nettement plus doux d’un kale récolté en janvier comparé au même kale de septembre. En Auvergne, une amie ramasse les siens sous la neige. La neige isole, elle ne détruit rien.
Ce qui tue un kale en hiver, c’est l’eau stagnante au collet et les coups de froid sur sol détrempé. Une planche bien drainée, un paillage épais et une plantation sur butte changent la donne. Un voile 17 g n’est utile que si tu veux récolter après un -12 °C prolongé, ou si tu habites dans un secteur à vent glacial.
Conserver et cuisiner sans se compliquer
Au réfrigérateur, dans un sac perforé ou un torchon humide, les feuilles tiennent trois à cinq jours. Plus longtemps, elles jaunissent. Pour congeler, blanchis 2 minutes, égoutte, essore et mets en portions : huit à dix mois au congélateur sans perte notable.
Les tiges, souvent jetées, se cuisinent en soupe après 20 minutes de cuisson. Le noir de Toscane se poêle à feu vif avec ail et huile d’olive, cinq minutes, pas plus. Cuit trop longtemps, il prend une odeur soufrée qui ne plaît pas à tout le monde, moi le premier.
Ce que je retiens de trois saisons
Le kale est un légume de fin de saison, pas de plein été. Semé en juin, planté en juillet, il traverse l’hiver mieux que n’importe quel chou pommé et fournit des feuilles quand le potager est vide. Semé en mars, il déçoit la moitié des débutants et leur fait croire que la plante est mauvaise.
Si tu débutes, commence par une planche de six plants, un frisé et un noir de Toscane, et laisse tomber le reste. Tu verras vite si le goût te plaît. Pour le matériel, un bon sécateur ou un couteau de récolte suffit ; le reste de l’équipement se choisit sur la page comparatifs, où les modèles sont classés par usage réel plutôt que par prix affiché.
Pour la suite logique, la culture du chou de Milan et celle du chou-fleur suivent les mêmes règles d’espacement et de rotation. Et si tu veux des légumes qui repoussent seuls, regarde du côté des légumes perpétuels : le chou de Daubenton y a toute sa place.
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