Hiverner les géraniums : ce qui marche avant les gelées
Hiverner les géraniums : quand les rentrer, comment tailler, quelle pièce et quel arrosage en hiver, et les boutures de secours pour repartir au printemps.
Hiverner les géraniums ne demande ni serre chauffée ni matériel particulier. Il faut surtout rentrer les pots au bon moment, accepter de les tailler sévèrement et résister à l’envie de les arroser. J’ai longtemps cru l’inverse. Mes jardinières passaient l’hiver dans un garage sans fenêtre, arrosées “un peu pour ne pas qu’elles meurent de soif”. Elles mouraient quand même, grises de moisissure, avant Noël. Depuis que je les traite comme des plantes d’Afrique du Sud qu’elles sont, je reperds presque rien.
Ce qu’on appelle géranium gèle vers -3 °C
Le géranium de balcon n’est pas un géranium. C’est un pélargonium, arrivé d’Afrique du Sud au XVIIe siècle, et il n’a aucun gène de rusticité. Ses tiges sont gorgées d’eau. Dès que le thermomètre touche zéro, cette eau gèle, éclate les cellules et la tige devient molle et translucide en deux jours. Une nuit à -3 °C suffit à tuer un pied, même sous un voile.
Les vrais géraniums du genre Geranium, ceux des jardins de grand-mère, sont des vivaces de nos climats tempérés. Ils encaissent -15 °C en pleine terre et refleurissent au printemps. Ce sont deux genres botaniques différents, et confondre les deux coûte une jardinière entière chaque automne.
Chez moi, à Cauffry, les pélargoniums en pleine terre contre un mur plein sud repartent parfois après un hiver doux. C’est un coup de chance, pas une méthode. Le sol argileux garde l’humidité, et c’est justement l’humidité froide qui tue : une plante les pieds dans la boue à 1 °C meurt plus sûrement qu’une plante au sec à -2 °C.
La bonne fenêtre pour rentrer les pots
La date importe moins que la température annoncée. Je surveille les nuits à 5 °C. Dès qu’elles arrivent, les pots entrent. Dans l’Oise, ça tombe entre le 10 et le 25 octobre les années normales, plus tôt quand les premières gelées blanches sont précoces.
Un pélargonium supporte une nuit à 2 ou 3 °C sans dégât visible, ce qui laisse une marge. Il ne supporte pas d’y passer trois nuits de suite. Attendre la première gelée “pour les endurcir” est une erreur que j’ai faite deux hivers : les feuilles du dessus semblent intactes, mais les bourgeons de l’aisselle sont déjà cuits et la plante reste chétive jusqu’en juin.
Deux exceptions à cette règle de bon sens. Les pélargoniums regal, à grandes fleurs froissées, sont les plus fragiles du lot et n’aiment pas descendre sous 7 °C : je les rentre une à deux semaines avant les autres. Les géraniums odorants, à feuilles de menthe ou de citronnelle, sont plus coriaces et peuvent rester dehors jusqu’à 3 °C, mais ils perdent leurs feuilles dans une pièce sombre, alors autant les rentrer tôt si l’abri est bien éclairé.
Tailler au moment du rentrage, pas en janvier
Rentrer un pied de 70 cm en fleur dans une véranda, c’est se condamner à un hiver de ménage. Je coupe. La règle que j’applique : entre la moitié et les deux tiers de la hauteur, juste au-dessus d’un œil tourné vers l’extérieur du pot.
Avant de couper, un contrôle en quatre points, à faire pot en main :
- tiges molles, brunes ou creuses : la pourriture est installée, le pied est perdu, il part au compost
- feuilles couvertes d’un duvet gris : c’est la pourriture grise, elle se propage dans la pièce d’hivernage
- taches brunes cerclées de jaune sur le dessous des feuilles : rouille du pélargonium, à ne pas stocker avec les pieds sains
- petites mouches blanches au moindre frôlement : aleurodes, à traiter avant l’entrée sinon elles colonisent tout l’abri
J’enlève toutes les fleurs, fanées ou non, et les feuilles jaunes. Elles n’apportent rien et retiennent l’humidité contre la tige, exactement là où la moisissure démarre. Pas de cicatrisant sur les coupes : sur une tige creuse, ça fait plus de dégâts qu’autre chose.
Tailler au rentrage a un autre avantage. La plante entre en repos avec peu de feuillage à nourrir, donc peu de besoins en eau, donc peu de risque de noyade hivernale. Ceux qui préfèrent tailler en février obtiennent des pieds un peu plus trapus. Les deux écoles se valent, à condition de ne pas tailler deux fois.
Une pièce fraîche et claire, entre 7 et 12 °C
La pièce idéale est celle qu’on n’utilise pas : véranda non chauffée, serre froide, cage d’escalier avec une fenêtre, garage éclairé par un vasistas, chambre d’amis au nord. Il faut deux choses, et elles sont contradictoires avec le confort humain : de la lumière et du froid.
Entre 7 et 12 °C, le pélargonium ralentit sans s’arrêter. Au-dessus de 15 °C, il pousse vite, en aveugle, avec des entre-nœuds longs et des feuilles pâles : au printemps tu hériteras de tiges molles qu’il faudra tailler encore plus court. Sous 5 °C, le risque de gel devient réel, surtout contre une vitre. Le NC State Extension, qui cultive ces plantes depuis des décennies, donne 4 °C comme plancher absolu et conseille de les garder très sèches à cette température (fiche Pelargonium du NC State Extension). Le guide de culture de la Royal Horticultural Society va dans le même sens pour l’hivernage hors gel.
Dans une pièce sombre, les pélargoniums tiennent quelques semaines puis s’étiolent et perdent leurs feuilles basses. Ils survivent souvent, mais repartent tard. Si tu n’as que de l’ombre, la méthode du sac plus bas est plus honnête que de laisser une plante blanchir derrière une porte.
L’aération compte autant que la température. Une véranda fermée, arrosée, avec quinze pots dedans, c’est une chambre humide à 90 % : la pourriture grise y fait des ravages en trois semaines. J’ouvre une fenêtre une heure par semaine quand il ne gèle pas.
Presque pas d’eau, et jamais de soucoupe pleine
C’est là que la plupart des hivernages ratent, y compris les miens au début. En repos, un pélargonium consomme très peu. Un arrosage toutes les trois semaines suffit, parfois un toutes les cinq semaines dans une pièce à 8 °C.
Le repère que j’utilise : je soulève le pot. Léger, j’arrose. Lourd, je ne touche à rien. Le doigt enfoncé sur trois centimètres donne la même info. J’arrose le matin, pour que le surplus s’évapore avant la nuit, et je vide systématiquement les soucoupes. Une soucoupe pleine pendant huit jours, c’est un pied qui pourrit par le bas sans aucun signe avant-coureur.
Aucun engrais entre novembre et février. Nourrir une plante au repos, c’est pousser de la croissance tendre dans une pièce sans lumière : elle file, s’affaisse, et sert de garde-manger aux pucerons.
Un peu de jaunissement des feuilles basses en janvier est normal. Un feuillage qui pend, des tiges qui se tachent de noir au collet, une odeur de cave : c’est trop d’eau, il faut sortir la plante du pot, couper ce qui est mou et rempoter dans du substrat neuf presque sec.
Le récapitulatif par type de pélargonium
| Type | Rusticité réelle | Température d’hivernage | Arrosage hivernal | Point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Zonale (géranium de balcon classique) | Tiges détruites vers -2 à -3 °C | 7 à 12 °C | Toutes les 3 à 4 semaines | Pourriture du collet si la soucoupe reste pleine |
| Lierre (peltatum) | Un peu plus sensible au froid humide | 8 à 12 °C | Toutes les 3 semaines | Pourriture grise sur tiges fines, tailler court |
| Regal (grandes fleurs) | La plus fragile du lot | 7 à 10 °C | Toutes les 4 à 5 semaines | Chute des feuilles si trop chaud ou trop arrosé |
| Odorant (menthe, citron, rose) | Tient jusqu’à 3 °C au sec | 7 à 12 °C | Toutes les 4 semaines | Perd ses feuilles à l’ombre, rempotage au printemps |
| Vivace du genre Geranium | -15 °C en pleine terre | Reste dehors | Aucun | Rien à faire, ne pas rentrer |
Quand la place ou la réussite manquent : sac et boutures
Les racines nues en sac pour gagner de la place
Quand il faut caser vingt pieds et qu’il n’y a qu’un mètre linéaire d’étagère, je passe aux racines nues. Le principe : secouer la motte, retirer le maximum de terre, laisser sécher une journée à l’ombre, puis suspendre les plants tête en bas dans un sac en papier ou un carton perforé, dans un local entre 7 et 10 °C.
Le taux de réussite est plus faible qu’en pot, de l’ordre de deux pieds sur trois chez moi, et la reprise au printemps est plus lente. Ça marche bien sur les zonale et les odorants, mal sur les regal et les géraniums de lierre, dont les tiges fines se dessèchent complètement. Je réserve cette méthode aux pieds dont je n’ai pas besoin de garder la forme exacte et aux variétés que je peux remplacer par bouture.
Des boutures de secours en fin d’été
La meilleure assurance n’est pas l’hivernage, c’est la bouture. Un pied de trois ans est ligneux, il fleurit moins, il s’ouvre au centre. Sa descendance de l’année est plus vigoureuse et tient dans un demi-verre d’eau le temps de s’enraciner.
Je prélève des extrémités de 8 à 10 cm, en août ou début septembre, sur des tiges sans fleur. J’enlève les deux paires de feuilles du bas, je laisse sécher une demi-journée à l’air, puis je pique dans un mélange moitié terreau, moitié sable, à 15 ou 18 °C, derrière une fenêtre. Deux à trois semaines plus tard, la résistance au tirage léger indique que ça a pris. La même technique fonctionne en février sur les pieds hivernés, et c’est aussi ce qui marche pour d’autres plantes de balcon, comme je le détaille dans bouturer les aromatiques au jardin.
Une bouture qui échoue coûte trois semaines. Un pied hiverné qui pourrit en février coûte la variété.
Les ressortir au printemps, sans brûler les étapes
La sortie définitive se cale sur les gelées, pas sur le calendrier. Dans le nord, la mi-mai est la date sûre. Mais on peut commencer bien avant, par des journées douces en avril : deux heures dehors à l’ombre, puis quatre, puis une journée entière. Un pied qui passe directement de la véranda à un plein soleil d’avril brûle ses feuilles en une après-midi, même à 18 °C.
Avant la remise en pot, je rafraîchis. Je retire deux à trois centimètres de terre en surface, je griffe, j’ajoute du compost mûr et je rempote si les racines ont fait le tour. La taille de printemps se fait sur les tiges qui ont filé pendant l’hiver, au-dessus d’un œil bien vert.
La reprise d’arrosage se fait progressivement. Un grand arrosage sur un pied qui n’a rien bu depuis février, dans un pot dont les racines sont fragiles, c’est le moyen le plus rapide de le perdre au moment où tout semblait gagné.
Pour les pots les plus exposés, ceux qui restent dehors, l’hivernage passe par d’autres gestes : surélévation, paillage, voile. J’ai détaillé cette partie dans protéger les plantes en pot du gel, et les mêmes principes valent pour les fruitiers cultivés en bac sur une terrasse. Si tu dois racheter des jardinières ou des voiles avant l’hiver, la sélection de la page comparatifs donne les modèles qui tiennent plusieurs saisons.
Rentrer les géraniums prend une heure. Les laisser dehors par optimisme coûte une jardinière, et il faut recommencer en mai.
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