Lombricompost : composter chez soi avec des vers de terre
Lombricompost : installez un lombricomposteur en appartement ou au jardin. Quels vers choisir, quoi y mettre, comment récolter compost et engrais liquide.
Le lombricompost, c’est le compostage qui ne demande ni jardin, ni bêche, ni tas à retourner. Des vers transforment tes épluchures en humus noir et en engrais liquide, dans une caisse posée dans un coin de cuisine ou sur un balcon. J’ai installé le mien il y a quatre ans, après un compost classique que je finissais toujours par négliger au fond du terrain. Depuis, plus un seul déchet de cuisine ne sort de la maison, et mes plantes d’intérieur n’ont jamais été aussi belles. Si tu hésites encore, voici tout ce qu’il faut savoir pour te lancer sans te planter.
Pourquoi composter avec des vers plutôt qu’en tas
Le compost en tas reste imbattable quand on a de la place et beaucoup de déchets verts. Je t’en parle en détail dans mon article sur le compost maison, et je maintiens ce que j’y écris : au jardin, rien ne remplace un bon tas à l’air libre. Mais le lombricompost répond à un autre besoin.
Il fonctionne partout, même sans un mètre carré de terre. Un studio, un appartement avec balcon, une cuisine exiguë : le bac prend la place d’un petit meuble. Les vers travaillent à température ambiante, toute l’année, sans dégager d’odeur quand le bac est équilibré. Et depuis janvier 2024, les collectivités doivent proposer une solution de tri des biodéchets à tous les foyers : l’ADEME confirme que le lombricompostage est une des options recommandées pour les habitations sans jardin.
Autre avantage que je n’avais pas anticipé : la vitesse. Là où un tas met six mois à un an à devenir utilisable, le lombricompost se récolte tous les trois ou quatre mois. Pour un foyer de deux personnes, c’est largement suffisant pour boucler la boucle.
Quels vers choisir pour son lombricomposteur
Tous les vers ne se valent pas, et c’est la première erreur que j’ai commise. J’avais déversé des vers de terre du jardin dans mon bac. Résultat : ils sont morts en quelques semaines, parce que les lombrics de pleine terre ont besoin de profondeur et d’un sol minéral. Les vers de compost, eux, vivent dans la litière de feuilles et de fumier.
Les espèces utilisées sont Eisenia fetida et Eisenia andrei, vendues un peu partout sous les noms de vers de Californie ou vers du fumier. On les trouve en jardinerie, en ligne ou chez des particuliers qui en élèvent. Compte environ 500 grammes de vers, soit mille à deux mille individus, pour une à deux personnes. C’est suffisant pour démarrer : la population s’adapte à la quantité de nourriture, et chaque ver mange environ la moitié de son poids par jour.
À l’arrivée, les vers sont dans un petit sac de tourbe ou de fibre de coco. Ne les sors pas de leur substrat d’un coup, verse le contenu entier dans le bac, ils s’installeront tout seuls.
Installer le lombricomposteur : le lit de départ
Tu as le choix entre un lombricomposteur du commerce à plateaux empilables, avec un robinet en bas, et une simple caisse en plastique opaque percée de trous, surmontée d’un couvercle. Les deux fonctionnent. J’ai commencé avec une caisse de récupération pour tester, avant d’investir dans un modèle à plateaux quand j’ai vu que ça marchait.
Le secret, c’est le lit de départ. Avant d’ajouter la moindre épluchure, remplis le bac de matière brune : carton brun déchiqueté, vieux papier journal non imprimé, fibre de coco. Humidifie le tout comme une éponge essorée, puis dépose les vers dessus. Laisse-les tranquilles deux ou trois jours, le temps qu’ils s’acclimatent, avant de leur donner leurs premiers restes.
Pour l’emplacement, vise une température entre 15 et 25 °C. Dans ma cuisine, sous l’évier, c’est parfait l’hiver. L’été, je le descends au cellier parce que la pièce grimpe au-dessus de 30 degrés et que les vers ralentissent franchement. Évite le radiateur, qui assèche le substrat, et le soleil direct sur une terrasse.
Quoi donner aux vers, quoi éviter
La règle tient en une phrase : tout ce qui est d’origine végétale et non traité, en morceaux pas trop gros. Voici le tableau que j’aurais aimé avoir sous les yeux au début.
| Les vers adorent | Avec modération | À éviter absolument |
|---|---|---|
| Épluchures de légumes et de fruits | Agrumes, en petite quantité et coupés | Viande et poisson |
| Marc de café et filtres | Oignons et échalotes, hachés fin | Produits laitiers |
| Sachets de thé (sans agrafe) | Tomates, qui acidifient le substrat | Plats cuisinés gras et sauces |
| Coquilles d’œufs broyées | Pain et féculents en excès | Cendres de bois et produits chimiques |
| Restes de légumes cuits, non salés | Fruits très acides (kiwis, ananas) | Déjections d’animaux domestiques |
| Carton brun déchiqueté, papier essuie-tout | Verre, plastique, métal |
Coupe les gros morceaux, ça accélère le travail. Enterre chaque apport sous une couche de carton ou de substrat : ça évite les moucherons et ça garde l’humidité. Les agrumes ne sont pas interdits, contrairement à ce qu’on lit partout, mais ils le deviennent si tu en donnes deux kilos d’un coup. L’équilibre, c’est la clé.
L’entretien : ce que j’aurais aimé savoir avant
Un bac équilibré sent la terre de forêt après la pluie. Dès que ça pue, quelque chose cloche, et c’est presque toujours un excès de nourriture ou d’humidité. Dans ce cas, j’arrête les apports une semaine, je remue le substrat et j’ajoute du carton sec. Ça se règle tout seul.
Le bon niveau d’humidité, c’est l’éponge essorée : quand tu serres une poignée de substrat, quelques gouttes tombent, pas plus. Trop mouillé, les vers remontent sur les parois et le lixiviat stagne au fond. Trop sec, ils se rétractent et la décomposition ralentit. Un vaporisateur d’eau règle le problème en quelques jours.
Les moucherons, terreur de tout débutant, se contrôlent en enterrant bien la nourriture et en gardant un linge ou un couvercle bien ajusté. Si l’invasion persiste, un petit verre de vinaigre à côté du bac fait des miracles.
Pour les vacances, pas de panique : les vers supportent deux à trois semaines sans apport. Donne un peu plus à manger avant de partir, ajoute une couche de carton humide, et ferme le robinet si tu en as un.
Mes erreurs de débutant, pour que tu les évites
J’en ai fait trois, et je te les livre sans détour. La première, c’est les vers de jardin, déjà évoquée. La deuxième, c’est la suralimentation : un soir de départ en vacances, j’ai vidé tout le bac à légumes en pensant bien faire. Trois semaines plus tard, le substrat puait et grouillait de moucherons. Il m’a fallu un mois pour rééquilibrer le bac. Depuis, je rationne les apports et je coupe finement.
La troisième concerne l’hiver. La première année, j’avais laissé le bac dehors, sous un abri. Les vers ont survécu mais ont quasi arrêté de travailler pendant deux mois. Maintenant, il passe la saison froide au cellier, et le compostage continue sans interruption.
Récolter le lombricompost et le lombrithé
Au bout de trois ou quatre mois, le contenu du bac a bien diminué et prend une couleur brun foncé. Pour récolter sans embarquer tous les vers, j’utilise la méthode du côté : je pousse le substrat d’un côté du bac et je ne nourris plus que de l’autre. En deux à trois semaines, les vers migrent, et je peux prélever le compost fini.
Ce compost, on l’appelle lombricompost, et il est d’une qualité que peu d’amendements égalent : noir, friable, avec une odeur d’humus. Attention à ne pas l’utiliser pur, il est trop concentré pour les jeunes plantes. Je le mélange à un tiers dans mes godets de semis, ou je l’étale en fine couche sur les potées. Mes tomates en pot en reçoivent une poignée tous les mois, et la différence avec les années précédentes se voit à l’œil nu.
Le robinet du bac donne un liquide brunâtre, le lombrithé. Dilué à dix pour cent dans l’eau d’arrosage, c’est un engrais liquide gratuit pour les plantes d’intérieur et le balcon. Je l’utilise une fois par semaine, et j’alterne avec du purin d’ortie que je fabrique au jardin : les deux se complètent bien, le premier nourrit le sol, le second booste la croissance.
Le lombricompost, une habitude qui change tout
Ce n’est pas une technique compliquée, c’est une habitude à prendre. Une fois le rythme installé, le bac demande dix minutes par semaine, et il te rend un amendement gratuit et un engrais liquide à vie. C’est aussi le moyen le plus simple de réduire ses déchets quand on vit en ville, sans attendre une solution collective.
Si tu veux te lancer sans bricoler, je compare les principaux modèles de lombricomposteurs sur ma page comparatifs, du plus simple au plus cher. Et si tu débutes, mon guide pour débuter en permaculture pose les bases d’un potager naturel. Le reste, c’est de l’observation et un peu de patience : les vers n’attendent que tes épluchures.
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