Maladies des tomates : feuilles jaunes, que faire ?
Feuilles jaunes sur les tomates ? Diagnostic par symptôme : alternariose, mildiou, carence en magnésium, araignées rouges. Tableau et actions concrètes.
Des feuilles jaunes sur les tomates, c’est le signal qui doit te faire sortir voir les plants tout de suite, pas le week-end suivant. J’ai mis trois saisons à admettre une chose simple : ce jaunissement n’annonce jamais la même maladie selon l’étage du plant et la forme de la tache. En 2023 j’ai pulvérisé de la bouillie bordelaise sur un pied qui tirait la langue par manque de magnésium, et pendant ce temps l’alternariose montait sur le rang d’à côté. J’ai perdu la moitié du feuillage avant de comprendre. Maintenant je regarde d’abord, je traite après.
Position et forme de la tache : les deux indices qui tranchent
Avant de sortir le pulvérisateur, prends cinq minutes pour répondre à deux questions.
Où sont les feuilles atteintes ? Les feuilles du bas qui jaunissent régulièrement, une par une, en partant du sol, orientent vers un champignon du sol comme l’alternariose ou vers une carence. Un jaunissement qui démarre en haut du plant, sur les jeunes pousses, c’est autre chose : carence en fer, excès d’eau, racines abîmées.
Comment est la feuille ? Uniformément pâle, sans tache nette, elle a faim. Tachée avec un liseré, elle est malade. Piquée de points fins et couverte de toiles soyeuses au revers, elle est attaquée par des araignées rouges, surtout en août quand il fait sec et chaud.
Ce tri-là élimine déjà la moitié des fausses pistes. Beaucoup de jardiniers traitent un problème de nutrition comme une maladie fongique, arrosent de cuivre un sol déjà fatigué, et s’étonnent que rien ne change.
Tableau de diagnostic : symptôme, cause probable, action
Garde ce tableau sous la main au potager. Il vient de ce que j’ai réellement observé chez moi et chez deux voisins maraîchers, croisé avec les fiches d’Ephytia (INRAE) sur les maladies et les désordres nutritionnels de la tomate.
| Symptôme | Cause probable | Ce que je fais |
|---|---|---|
| Petites taches brunes rondes avec un centre gris et un liseré jaune, sur les feuilles du bas | Alternariose (Alternaria solani) | J’enlève les feuilles atteintes, je désherbe sous le pied, je paille pour éviter les éclaboussures de terre |
| Grande tache vert olive puis brune, bords irréguliers, duvet blanc au revers par temps humide | Mildiou (Phytophthora infestans) | Je coupe et je sors du jardin, je ne touche plus les plants mouillés, je traite les voisins sains en préventif |
| Jaunissement entre les nervures sur feuilles âgées, nervures encore vertes, feuille qui sèche et tombe | Carence en magnésium | J’apporte un peu de dolomie ou de cendre de bois à petite dose, et surtout je n’engorge pas le sol |
| Feuilles du bas jaune pâle uniforme, plante qui pousse peu, tiges grêles | Faim d’azote | J’arrose avec du purin d’ortie dilué, je couvre le sol avec du compost mûr |
| Points jaunes minuscules, face inférieure poussiéreuse et toilée | Araignées rouges | J’augmente l’humidité autour du plant, je douche le revers des feuilles le matin |
| Feuilles molles, jaunes, port retombant, terre humide en profondeur | Excès d’eau, asphyxie racinaire | J’arrête l’arrosage dix jours, je vérifie le drainage et je décompacte les allées |
| Feuilles jeunes en haut décolorées, tiges qui se creusent | Carence en fer ou racines abîmées | Je teste le pH du sol, j’évite l’eau calcaire, je ne noie pas le pied |
Un détail compte plus que le reste : traite une seule chose à la fois et note le résultat. Si tu changes l’arrosage, le paillage et le traitement le même jour, tu ne sauras jamais ce qui a fonctionné, et l’an prochain tu recommenceras au hasard.
Alternariose : la maladie des feuilles du bas
C’est la grande oubliée des livres de jardinage, et pourtant c’est elle que je vois le plus souvent sur tomates en pleine terre, en fin d’été quand les nuits fraîchissent et que la rosée reste jusqu’à midi.
Comment la reconnaître
Les premières taches apparaissent sur les feuilles les plus âgées, donc en bas du plant. Elles sont brunes, rondes au début, souvent avec des cercles concentriques comme une petite cible, et un halo jaune autour. Le limbe jaunit ensuite autour de ces taches, et la feuille finit sèche et pendante. Quand tu retournes la feuille, pas de duvet blanc : c’est la différence clé avec le mildiou. La confusion entre les deux est fréquente, et elle coûte cher, parce que les deux maladies ne se traitent pas au même moment.
Ce qui limite vraiment la casse
L’alternariose vit dans le sol et dans les débris de culture. Elle remonte sur les feuilles par les éclaboussures de pluie et d’arrosage. Trois gestes font la différence chez moi :
- couper les feuilles basses dès qu’elles touchent la terre, même saines, pour éviter la passerelle vers les étages supérieurs ;
- pailler autour du plant avec de la paille propre ou du BRF, jamais avec des résidus de tomates de l’an dernier ;
- arroser au pied, sans jamais mouiller le feuillage, et plutôt le matin que le soir.
Sur les variétés, je ne me raconte pas d’histoires. Les tomates anciennes que j’aime, comme la Noire de Crimée, sont plus sensibles que les hybrides modernes. Je continue d’en planter, mais je les place au meilleur emplacement, les plus sensibles contre le mur chaud et bien aéré, et j’accepte de perdre deux ou trois feuilles en août. Une fiche INRAE sur l’alternariose décrit bien ce cycle sol-feuilles, si tu veux creuser la biologie du champignon.
Mildiou : taches huileuses et duvet blanc
Le mildiou ne laisse aucune ambiguïté une fois installé : tache vert olive à brunâtre, bords irréguliers qui traversent les nervures, et le lendemain matin, par temps humide, un fin duvet blanc grisâtre au revers de la feuille. Les tiges et les fruits peuvent se tacher aussi, et là c’est perdu pour la récolte.
Ce qui change tout, c’est la vitesse. J’ai vu un rang passer de trois taches à un feuillage noirci en six jours, après une semaine de pluie continue et des nuits autour de 15 °C. Sur ce terrain-là, le traitement préventif a du sens, le traitement curatif n’a presque aucun effet. J’ai détaillé ce que je fais et ce que j’ai arrêté dans mon article sur le traitement du mildiou de la tomate, parce que le sujet mérite d’être traité à part.
Un truc que j’applique depuis deux ans : je supprime les gourmands et les feuilles basses quand la météo annonce trois jours de pluie et que le feuillage est sec. Je ne touche plus rien quand c’est mouillé. C’est bête, mais la plupart des contaminations se propagent par les mains et les sécateurs.
Carence en magnésium ou en azote : feuille intacte, couleur pâle
Les carences touchent la tomate en pleine production, souvent sur un sol sableux ou après des années d’arrosage abondant qui lessivent les éléments. Le magnésium donne une chlorose internervaire typique sur les feuilles âgées : les nervures restent vertes, l’espace entre elles jaunit, puis la feuille sèche par le bord. L’azote, lui, donne un jaune pâle uniforme sur tout le bas du plant, avec une croissance molle et des tiges fines.
Mon erreur du début, c’était de vouloir corriger au pulvérisateur. Un apport foliaire soulage la plante en quelques jours, mais si le sol est lessivé ou tassé, le problème revient en dix jours. La solution tient dans le sol : compost mûr à l’automne, paillage permanent, rotation des cultures pour ne pas installer la tomate au même endroit trois années de suite. J’ajoute un peu de cendre de bois sur les planches les plus pauvres, à dose modérée, parce qu’un excès de potasse bloque l’absorption du magnésium : la correction devient alors un nouveau problème.
Détail qui trompe : la faim d’azote du printemps. Un plant fraîchement installé, sur un sol couvert de paille fraîche qui se décompose, peut jaunir deux semaines après plantation. Chez moi c’était le cas la première année de mes buttes paillées. Rien de grave, ça se règle avec un purin dilué et un peu de patience, pas avec un fongicide.
Araignées rouges, pucerons et sol engorgé
Toutes les feuilles jaunes ne sont pas dues à des champignons. En août 2022, sur des tomates sous serre chaude, j’avais des feuilles qui grisaient et séchaient par plaques. Je cherchais une maladie. C’étaient des araignées rouges : des points jaunes minuscules, une poussière fine, et des toiles visibles en soufflant sur les feuilles.
- Araignées rouges : air trop sec et trop chaud. J’augmente l’humidité, je douche le revers des feuilles le matin, j’aère.
- Pucerons : feuilles qui s’enroulent et se recroquevillent avant de jaunir. Favoriser les coccinelles et les syrphes donne de meilleurs résultats qu’un insecticide, et ça se prépare en amont en laissant les auxiliaires du jardin s’installer.
- Sol engorgé : racines qui pourrissent, plante qui flétrit même après arrosage. Je débranche l’arrosage dix jours et j’observe.
Dans les trois cas, la feuille jaune est un symptôme, pas la maladie. Couper ne sert à rien tant que la cause reste en place.
Le protocole que j’applique quand le jaunissement démarre
Voici l’ordre dans lequel je procède, sans exception, depuis deux saisons.
- J’inspecte le revers des feuilles et je note l’étage touché. Deux minutes, ça oriente tout le reste.
- J’arrache une feuille suspecte, je la prends en photo avec le téléphone pour comparer le lendemain et voir si ça évolue.
- Si c’est fongique, je retire les feuilles atteintes dans un sac poubelle, pas au compost. Le tas de compost ne chauffe pas assez partout pour tuer les spores de ces maladies.
- J’assainis le pied : je désherbe, je retire les feuilles qui touchent la terre, je paille proprement.
- Je relève le feuillage : je supprime deux ou trois gourmands pour laisser l’air circuler, sans déshabiller la plante d’un coup.
- Je ne traite qu’après diagnostic, et je note la date et le produit utilisé dans un carnet.
La prévention, elle, se joue bien avant. Un emplacement plein soleil, au moins six heures par jour. Des plants espacés de 60 à 80 cm, parce que la densité fait plus de dégâts que la météo. Un arrosage au pied, régulier, plutôt le matin. Un sol couvert en permanence, et une rotation qui éloigne la tomate des aubergines, pommes de terre et poivrons, qui partagent les mêmes champignons du sol.
Sur les associations, planter des oeillets d’Inde ou de la tagète ne remplace pas un bon emplacement, mais ça ne coûte rien et ça n’a jamais aggravé les choses dans mon potager. J’ai listé mes associations testées au pied des tomates dans plantes compagnes des tomates, avec celles qui m’ont déçu.
Ce que j’ai arrêté de faire
- Pulvériser du cuivre sur tout le potager dès la première tache de jaune. Sur les mauvais diagnostics, ça ne sert à rien et ça charge le sol sans raison.
- Retirer les feuilles jaunes du bas au printemps. Sur une tomate en fin d’installation, ces feuilles se sacrifient pour nourrir les racines, et le jaunissement remonte souvent tout seul.
- Arroser le soir en été. Sur mes premières années, c’était le meilleur moyen de maintenir un feuillage humide toute la nuit.
- Mettre les résidus de tomates malades au compost. Ils retournent à la poubelle ou sous une couche épaisse ailleurs.
- Chercher un produit miracle. Il n’y en a pas, et les années où j’ai obtenu de belles tomates, ce sont les années où j’ai bien planté.
Si tu veux passer en revue le matériel utile pour ce genre de travail, semer plus tôt et protéger les plants, la page comparatifs regroupe ce que j’utilise réellement au potager, outils comme pièges et voiles.
Une dernière chose. Un pied de tomate qui a le mildiou sur la moitié de son feuillage à la mi-août, tu peux encore sauver les fruits en retirant les parties malades et en cueillant un peu plus tôt. Ce n’est pas grave de perdre un plant. Ce qui coûte une saison entière, c’est de traiter à l’aveugle pendant six semaines.
🔗 Transparence : ce contenu contient des liens d'affiliation. Si vous achetez via ces liens, nous percevons une commission sans frais supplémentaires pour vous. Cela nous aide à financer ce blog indépendant.