Planter des fraisiers en septembre : la bonne méthode
Planter des fraisiers en septembre : période idéale, distance, exposition, plants en motte ou stolons. La méthode pas à pas pour des fraises dès juin.
Mes premiers fraisiers, je les ai plantés en avril, un dimanche de printemps tout ensoleillé, persuadé de prendre de l’avance. Résultat : des plants chétifs, une récolte quasi nulle en juin, et un été passé à arroser pour sauver ce qui restait. Depuis que je plante mes fraisiers en septembre, je n’ai plus jamais connu ça. La plantation d’automne laisse au plant tout l’hiver pour installer ses racines, et la première vraie récolte arrive dès le mois de juin suivant. Voici la méthode que j’applique chaque année, avec les distances, l’exposition et les erreurs qui m’ont coûté deux saisons.
Pourquoi septembre bat le printemps pour planter les fraisiers
Un fraisier planté en septembre ne fait presque rien pendant deux mois. Pas de fruits, pas de grandes feuilles, juste un travail souterrain. C’est exactement ce qu’on lui demande. La terre est encore chaude des mois d’été, les pluies d’automne reviennent, et le plant consacre toute son énergie à développer ses racines avant le gel. Au printemps, il démarre en pleine forme.
Un fraisier planté en avril, lui, doit à la fois s’enraciner et produire. Il n’y arrive pas. Mes plants de la grande erreur 2021 ont fleuri en mai, j’ai laissé faire par gourmandise, et ils ont passé l’été à survivre au lieu de s’installer. La deuxième année, ils ont fini par donner, mais j’avais perdu douze mois.
Bien sûr, tout dépend d’où tu jardines :
| Période de plantation | Régions | Avantages | Limites |
|---|---|---|---|
| Fin août à mi-octobre | Toute la France, c’est ma fenêtre par défaut | Sol chaud, pluies d’automne, récolte dès juin | Il faut s’y mettre avant les grands froids |
| Octobre à novembre | Sud et climats doux | Plants installés sans stress hydrique | Gelées précoces possibles en terres froides |
| Mars à mai | Rattrapage uniquement | Plants disponibles partout | Première année perdue, arrosages obligatoires |
Dans les terres du Nord et en altitude, je plante plutôt fin août, début septembre. Dans le Sud, je peux attendre octobre sans souci. L’essentiel, c’est que le plant ait au moins six semaines de croissance racinaire avant les premières gelées.
Un mot sur les plants à racines nues : eux se plantent de préférence de novembre à mars, pendant le repos végétatif. En septembre, je ne travaille qu’avec des plants en motte ou en godet, dont les racines sont déjà formées.
Motte, racines nues ou stolons : bien choisir son plant
Il y a deux grandes familles de fraisiers, et on a tendance à les mélanger. Les non remontants donnent une grosse récolte concentrée en mai et juin, comme la Gariguette ou la Ciflorette. Les remontants, Charlotte, Mara des Bois ou Capron Royal, produisent une première vague en juin puis de petites quantités jusqu’aux gelées. Le GRAB, groupe de recherche en agriculture biologique basé à Avignon, publie chaque année les résultats de ses essais variétaux de fraisiers en culture bio, et c’est la lecture que je recommande avant d’acheter, parce que les catalogues des jardineries racontent surtout ce qu’ils vendent.
| Type de plant | Coût | Période de plantation | Mon avis |
|---|---|---|---|
| Motte ou godet | Moyen | Toute l’année, idéal en septembre | La reprise la plus fiable, je pars toujours là-dessus |
| Racines nues | Faible | Novembre à mars | Bien pour les grandes surfaces, plus délicat |
| Stolons de mes plants | Gratuit | Août à octobre | La meilleure option si tu as déjà une fraiseraie |
Pour le goût, j’assume un parti pris : je cultive quatre rangs de non remontants pour un rang de remontants. Les fraises de juin, grosses et parfumées, partent en confitures et en parts de tarte. Les remontants donnent des fruits plus petits, mais mes enfants les cueillent d’août à octobre en rentrant de l’école, et pour ça ils n’ont pas de prix.
Préparer le terrain et choisir la bonne exposition
Le fraisier n’est pas difficile, mais il a deux exigences : du soleil et un sol qui ne retient pas l’eau. Une exposition plein sud, ou sud-est, lui convient parfaitement. Dans le Midi, une ombre légère l’après-midi l’aide à traverser juillet sans cramer.
Le sol idéal est riche en humus, plutôt acide, avec un pH entre 5,5 et 6,5, et surtout drainant. Les racines du fraisier nagent dans l’eau stagnante, elles pourrissent en quelques semaines. Chez moi, la terre est une argile compacte qui forme une croûte en été. J’ai d’abord tenté de planter à plat, le résultat a été désastreux, puis j’ai tout déplacé sur des buttes basses d’une vingtaine de centimètres. Si tu es dans un sol lourd, je te renvoie à ma méthode de butte de permaculture : le drainage règle plus de problèmes de fraisiers que tous les engrais du monde.
Trois semaines avant la plantation, j’apporte du compost mûr, environ une brouette pour dix mètres de rang, et je le griffe en surface sans bêcher. Pas de fumier frais : il brûle les jeunes racines et pousse un feuillage énorme qui ne fait aucun fruit. Le compost, lui, je le fabrique toute l’année avec mes déchets de cuisine et de jardin, et j’explique ma méthode dans mon article sur le compost maison.
Autre règle que j’ai apprise à mes dépens : ne jamais replanter des fraisiers là où il y avait déjà des fraisiers. La fatigue du sol et les maladies qui s’accumulent rendent les nouvelles plantations chétives. J’attends quatre ans avant de revenir sur une parcelle.
La plantation pas à pas, sans enterrer le collet
Voici le geste qui m’a pris deux saisons à comprendre : le collet du fraisier, ce point où les feuilles rejoignent les racines, doit être exactement au niveau du sol. Trop profond, il pourrit, c’est le sort qu’ont connu la moitié de mes premiers plants. Trop haut, les racines sèchent et le plant meurt de soif. Un plant bien placé, on voit la base des feuilles affleurer la terre, ni plus ni moins.
La suite tient en cinq gestes :
- tremper les mottes dix minutes dans une bassine d’eau avant la plantation ;
- creuser un trou assez large pour étaler les racines sans les plier ;
- positionner le plant, collet au niveau du sol, puis reboucher et tasser avec les doigts ;
- arroser généreusement, même si une averse est annoncée, pour coller la terre aux racines ;
- espacer les plants de 30 à 40 cm sur le rang et de 50 à 60 cm entre les rangs.
Cette distance paraît généreuse au début, et c’est normal. Un fraisier s’élargit vite, et des plants trop serrés créent un tunnel humide où la pourriture grise s’installe dès les premières pluies de juin. Sur mes buttes, je plante en quinconce, à 25 cm, ce qui permet de gagner de la place sans sacrifier l’aération.
Dernier geste de la saison, contre-intuitif : je coupe les fleurs qui apparaissent sur mes plants à l’automne. Oui, c’est frustrant de supprimer une future fraise, mais une floraison d’octobre épuise un plant qui doit passer l’hiver. Cette énergie, je la veux dans les racines. Mes plants de septembre ne fleurissent donc qu’au printemps suivant, et ils m’en remercient en juin.
La paille d’abord, les mauvaises herbes ensuite
Le fraisier doit son nom à la paille, et ce n’est pas une légende. Les maraîchers d’autrefois paillaient leurs plants pour garder les fruits propres et protéger les racines du gel. Je fais pareil, mais pas tout de suite : je paille en novembre, quand les pluies d’automne ont bien humidifié le sol. Pailler en septembre sur une terre sèche, c’est emprisonner la sécheresse et condamner les plants à un automne difficile.
Une couche de dix centimètres de paille propre, posée entre les plants et autour d’eux, sans toucher le collet. Je détaille les différents matériaux et leurs usages dans mon guide du paillage au potager, mais pour les fraisiers, la vraie paille reste ma préférée : elle ne compacte pas, elle laisse passer l’eau, et au printemps elle empêche les fraises de toucher la terre.
Pendant l’hiver, un seul geste à surveiller. Les alternances de gel et de dégel ont tendance à déchausser les plants : les racines se retrouvent à l’air, et le plant sèche. Après chaque période de froid, je passe les rangs en revue et je re-enfonce les fraisiers d’une simple pression du pied. Cinq minutes par mois, et aucun plant perdu.
Récupérer les stolons pour renouveler la fraiseraie
Un fraisier ne vit pas éternellement. Au bout de trois ou quatre ans, les pieds fatiguent, les fruits rapetissent, et il faut les remplacer. Pas besoin d’en racheter : le fraisier se multiplie tout seul par stolons, ces longues tiges qui courent sur le sol après la fructification et produisent de petits plants à leur extrémité.
La première fois que j’ai vu des stolons, je les ai pris pour des mauvaises herbes et je les ai coupés. C’était une ânerie, mais une ânerie instructive. Depuis, je fais l’inverse : en août et septembre, je repère les stolons issus de mes plants les plus vigoureux, je pose les jeunes plants sur un godet rempli de terreau, je les maintiens avec un petit cavalier en fil, et je coupe le cordon qui les relie à la mère une fois qu’ils ont pris racine. Deux semaines plus tard, j’ai des plants neufs, gratuits, déjà adaptés à mon jardin.
Quelques règles pour ne pas se laisser déborder : je ne garde que les premiers stolons de la saison, ceux formés en juillet, et trois ou quatre par pied au maximum. Un pied qui fait vingt stolons s’épuise, et les derniers plants sont trop faibles pour donner quoi que ce soit. Les stolons d’automne repiqués en godet passeront l’hiver à l’abri et rejoindront la fraiseraie au printemps, pour prendre la relève des vieux pieds.
Planter des fraisiers en septembre, c’est un après-midi de travail pour trois ou quatre ans de récoltes, et je n’ai jamais trouvé de culture qui offre un meilleur retour sur investissement. Si tu débutes, commence par un petit rang d’une vingtaine de plants de Gariguette ou de la variété locale de ton marché, et ajoutes-y quelques remontants pour l’automne. Tu peux d’ailleurs faire d’une pierre deux coups : septembre, c’est aussi le moment idéal pour planter l’ail d’automne, et je m’arrange pour faire les deux le même week-end. Pour le choix des outils, griffe, transplantoir et arrosoir qui m’accompagnent à chaque plantation, tu trouveras mon retour d’expérience dans mes comparatifs d’outils et de matériel. En juin prochain, quand tu cueilleras tes premières fraises, tu ne regretteras pas ce dimanche de septembre.
🔗 Transparence : ce contenu contient des liens d'affiliation. Si vous achetez via ces liens, nous percevons une commission sans frais supplémentaires pour vous. Cela nous aide à financer ce blog indépendant.