Le purin d’ortie est la première préparation que j’ai fabriquée au jardin, et celle que je refais chaque printemps sans me poser de questions. Une bassine, des orties, de l’eau, deux semaines de patience : la recette tient en une phrase. Les usages, eux, méritent qu’on s’y attarde. J’ai brûlé des feuilles de courgette avec une dose trop forte, j’ai produit un liquide qui sentait l’écurie, et j’ai mis trois ans à comprendre pourquoi. Cet article te donne la recette exacte, les dosages que j’utilise aujourd’hui, et les erreurs que tu peux éviter du premier coup.

Pourquoi l’ortie, et pas une autre plante

L’ortie dioïque (Urtica dioica) est une plante à part. Elle pousse sur les sols riches en azote, et elle en concentre une bonne partie dans ses feuilles : c’est pour ça qu’on la trouve si souvent près des composts et des fossés engraissés par le ruissellement. Ses feuilles contiennent aussi de la potasse, du fer et de la silice, toute une liste de minéraux que les plantes cultivées apprécient. Quand on les fait macérer dans l’eau, ces éléments passent dans le liquide, et on obtient un engrais gratuit, fabriqué à deux pas de la maison.

La page Wikipédia consacrée à l’ortie dioïque résume bien sa composition. Côté recherche, l’INRAE travaille sur les extraits végétaux utilisés comme biostimulants des cultures : ils stimulent la croissance et renforcent les défenses naturelles des plantes. Chez moi, les orties poussent en bordure de la haie, là où la terre est riche. Je les coupe avant la floraison, quand elles sont jeunes et tendres, parce qu’elles contiennent alors le plus d’azote. Une fois montées en graines, elles perdent une bonne partie de leur intérêt.

La recette du purin d’ortie, pas à pas

Le principe tient en une phrase : faire fermenter des orties dans de l’eau, puis récupérer le liquide. Les proportions que j’utilise : 1 kg d’orties fraîches pour 10 litres d’eau. Pas besoin d’être précis au gramme près, mais reste dans cet ordre de grandeur. Au-delà, le purin devient trop concentré et il faudra le diluer davantage ; en dessous, il sera trop faible pour servir à quoi que ce soit.

Le matériel tient dans un coin du jardin :

  • un grand récipient en plastique ou en bois. Jamais de métal : le liquide de fermentation attaque le fer, et le résultat s’en ressent ;
  • des gants épais pour la cueillette, les poils urticants ne pardonnent pas ;
  • un bâton pour remuer, un vieux torchon pour filtrer, et un couvercle posé dessus, jamais vissé.

Quatre étapes, dans l’ordre :

  1. Cueille 1 kg d’orties jeunes et coupe-les en morceaux de quelques centimètres avec des cisailles. Plus c’est petit, plus l’extraction est rapide.
  2. Mets les morceaux dans le récipient et couvre d’eau. L’idéal : de l’eau de pluie, pas trop calcaire.
  3. Remue une fois par jour. Après deux ou trois jours, la fermentation démarre : le liquide se couvre de mousse, puis de bulles. C’est le signe que ça travaille.
  4. Au bout de 10 à 15 jours en été, la fermentation ralentit, le liquide brunit et sent fort. C’est le moment de filtrer.

Je filtre à travers un vieux torchon, je verse le purin dans des bidons en plastique opaque, et je l’utilise dans les semaines qui suivent. Le marc d’orties qui reste au fond ? Il part au compost, ou en paillage au pied des arbres fruitiers.

Un point à retenir : la durée de fermentation change tout. Plus le mélange fermente, plus il se charge en ammoniac et plus il devient corrosif. Un purin laissé trois semaines de trop devient un liquide brun qui brûle tout ce qu’il touche. Je l’ai appris à mes dépens, on en reparle plus bas.

Dosages : quel purin pour quel usage

C’est le point qui change tout. Le purin d’ortie ne s’utilise jamais pur, sauf pour le compost. Voici le tableau que j’affiche dans ma remise :

UsageDilutionRythme
Arrosage au pied des légumes-feuilles (salades, choux, poireaux)1 L de purin pour 10 L d’eauToutes les 2 semaines
Purin d’ortie pour les tomates1 L pour 10 L, au pied, sans toucher le feuillageToutes les 2 à 3 semaines
Pulvérisation foliaire sur jeunes plants1 L pour 15 L d’eauLe matin, une fois par semaine
Pucerons en début d’infestation1 L pour 10 L, en pulvérisation2 à 3 passages espacés de 4 jours
Activation du compostPurin non dilué, arrosé sur les couchesÀ chaque apport de déchets verts

Respecter la dilution, c’est le geste que j’ai mis le plus de temps à intégrer. Un purin trop concentré apporte trop d’azote d’un coup : les feuilles poussent, molles et vert foncé, et tout ce beau vert attire les pucerons. L’an dernier, sur mes courgettes, j’ai eu des feuilles magnifiques et trois courgettes. Le purin d’ortie nourrit, il ne fait pas de miracles.

Le purin d’ortie contre les pucerons, sans miracle

Parlons des pucerons, parce que c’est la première raison pour laquelle on fabrique un purin d’ortie, et c’est là que les attentes sont les plus floues. Le purin n’est pas un insecticide : il ne tue pas les pucerons. Ce qu’il fait, c’est rendre les plantes plus résistantes et moins appétissantes. Pulvérisé sur un feuillage sain, il renforce la surface des feuilles, et les colonies s’installent moins facilement. Sur une colonie déjà bien installée, il faut agir autrement.

Mon expérience : sur des fèves couvertes de pucerons noirs en mai, le purin seul n’a rien changé. J’ai dû couper les extrémités infestées et frotter le reste à la main, en acceptant de perdre quelques plants. En revanche, pulvérisé dès l’apparition des premières colonies, il freine nettement l’expansion. Pour les tomates, la meilleure défense reste préventive : les bonnes associations de plantes font le travail sans qu’on y touche, comme je le raconte dans mon article sur les plantes compagnes des tomates.

Les erreurs que j’ai faites, pour que tu les évites

Le récipient fermé hermétiquement, d’abord. La fermentation produit du gaz, et un bidon fermé sous pression, ça finit mal. J’ai retrouvé un couvercle projeté à trois mètres, avec du purin partout sur les murs de la remise. Depuis, je pose le couvercle dessus, posé, jamais vissé.

La pulvérisation en plein soleil, ensuite. Les gouttes font loupe sur les feuilles, et j’ai grillé un rang entier de plants de chou un après-midi d’août. Le purin s’applique le matin ou le soir, sur un feuillage sec, jamais en pleine chaleur.

Les orties montées en graines, aussi. Elles contiennent moins d’azote, et j’ai semé des orties dans tout le potager en récoltant trop tard. Aujourd’hui je coupe avant la floraison, et je laisse quelques pieds en bordure pour les chenilles de paon du jour, parce qu’une touffe d’orties, c’est aussi un garde-manger pour les papillons.

La dernière, la plus classique : vouloir aller plus vite. J’ai déjà utilisé un purin de cinq jours, à peine fermenté. Résultat : un liquide faible, qui n’a rien apporté du tout. La patience fait partie de la recette, il n’y a pas de raccourci.

Ce qu’on ne dit pas assez sur le purin d’ortie

L’odeur, d’abord. Un purin en fermentation, ça sent très fort, et ça se propage à plusieurs mètres. Je le fabrique maintenant au fond du jardin, loin des fenêtres, et je préviens les voisins avant de lancer une cuve. Sur un balcon, en ville, c’est une autre histoire : mieux vaut un petit contenant de 5 litres et un coin abrité, ou alors on se tourne vers le lombricompost.

La récolte, elle, demande des gants, et pas n’importe lesquels. Les poils urticants de l’ortie injectent un mélange d’histamine et d’acide formique, et une poignée à main nue se paie plusieurs heures de démangeaisons. Je récolte avec des gants de cuir et un sécateur, en coupant les tiges à la base.

D’un point de vue réglementaire, le purin d’ortie est considéré en France comme un engrais, pas comme un produit de traitement. Tu peux l’utiliser librement pour nourrir tes plantes, mais officiellement, il ne soigne rien. Cette nuance compte si tu cherches une solution contre une maladie déjà déclarée : à ce stade, le purin ne remplace pas un traitement adapté, il accompagne.

Et si tu n’as pas d’orties sous la main

L’ortie n’est pas la seule plante qui donne un bon purin. La consoude (Symphytum officinale) est ma préférée pour les légumes-fruits : elle est riche en potasse, et son purin se prépare exactement de la même façon. La prêle apporte de la silice et s’utilise surtout en prévention des maladies fongiques. La fougère aigle, elle, est réputée pour éloigner les limaces quand on l’utilise en paillage.

Et si tu n’as ni ortie ni consoude, le compost reste la base de tout. Un sol nourri au compost a moins besoin d’engrais liquides, c’est aussi simple que ça. Je détaille la méthode complète dans mon article sur le compost maison, et le paillage fait le reste du travail : tout est expliqué dans mon guide du paillage pour un sol vivant.

Voilà l’essentiel : une bonne récolte d’orties jeunes, dix litres d’eau, quinze jours de fermentation, et un purin qui nourrit le potager pendant des semaines. Le dosage reste le geste le plus important : trop dilué, tu n’apportes rien ; trop concentré, tu brûles tout. J’ai mis trois saisons à trouver le bon équilibre, tu peux gagner ce temps-là.

Si tu veux te lancer, il te faut un pulvérisateur qui dure et des gants qui ne craignent pas les orties. Je compare les modèles que j’ai testés en conditions réelles dans mes comparatifs d’outils et de matériel de jardin, et le reste du blog regorge d’astuces concrètes, tous les articles sont là.