Que planter en décembre : fruitiers, bulbes, framboisiers
Que planter en décembre au potager : fruitiers en racines nues, framboisiers, bulbes de printemps et ce qu'il vaut mieux laisser au printemps.
Que planter en décembre ? Moins de choses qu’en novembre, c’est certain, mais assez pour justifier une paire de bottes et deux heures dehors. Dans mon jardin de climat océanique dégradé, la terre descend autour de 5 °C dans les dix premiers centimètres et les premières gelées sérieuses arrivent vers la deuxième semaine du mois. Ce qui reste possible tient en trois familles : les ligneux vendus en racines nues, les petits fruits, et les bulbes de printemps plantés en retard. Le reste attendra février. Voilà comment je m’organise, avec les erreurs que je ne refais plus.
Décembre ferme le sol, pas la saison de plantation
Le repère que j’utilise est simple. Je plante tant que le sol s’ouvre sans effort à la bêche et que le thermomètre à dix centimètres reste au-dessus de 4 °C. Au-dessous, un arbre mis en terre ne s’enracine plus : il passe l’hiver assis dans un trou froid, et la reprise au printemps est deux fois plus lente. Sur une planche exposée sud, ça tient souvent jusqu’à Noël. Dans un point bas argileux, c’est fini dès le 10.
La vraie interdiction du mois, ce n’est pas le froid, c’est l’eau. Marcher sur une terre détrempée la compacte pour trois ans, et un trou de plantation creusé dans de la boue se transforme en cuvette où les racines pourrissent. Quand c’est trop mouillé chez moi, je pose une planche de récupération au sol pour répartir mon poids et je plante quand même. Si le trou se remplit d’eau, j’attends. J’ai perdu un cognassier comme ça, noyé sous 15 cm d’eau de pluie en janvier.
Les fruitiers en racines nues, chantier principal du mois
Pourquoi décembre vaut mieux que février dans bien des cas
Un scion vendu en racines nues coûte deux à trois fois moins cher qu’un arbre en conteneur, et il reprend mieux, à condition d’arriver dans un sol encore tiède. Planté en décembre, il profite de six à huit semaines de sol à 5-8 °C pour émettre des radicelles avant l’arrêt complet. Planté fin février, il n’a plus qu’une fenêtre de trois semaines avant le débourrement, et il tire sur ses réserves. C’est particulièrement vrai pour les pépins : pommier, poirier, cognassier.
Les arbres en motte ou en pot, eux, peuvent attendre mars. Un conteneur se plante presque toute l’année, mais pas dans un sol gelé. Si tu as un doute sur le calendrier exact de mise en terre, ma méthode complète est dans l’article sur planter un verger en racines nues.
Le protocole que j’applique sur chaque scion
Je ne fais plus confiance à l’improvisation depuis un échec à 40 % sur quatre poiriers plantés à la va-vite. La routine qui m’a donné zéro perte sur les douze arbres suivants :
- Commande passée en octobre, réception fin novembre, plantation dans les dix jours. Un scion qui attend trois semaines dans un garage se dessèche, même emballé.
- Racines trempées une heure dans un pralin maison, moitié argile, moitié bouse fraîche, complété d’eau jusqu’à obtenir une bouillie qui tienne sur la main.
- Trou de 60 cm de côté, terre de surface et terre profonde mises de côté séparément. Jamais de mélange des deux.
- Tuteur enfoncé avant l’arbre, du côté des vents dominants. Enfoncé après, il transperce les racines.
- Greffe laissée cinq à dix centimètres au-dessus du niveau définitif. Le collet enterré est la cause numéro un de mortalité lente.
- Comblement avec la terre de surface et deux poignées de compost mûr, tassage à la main, arrosage copieux même s’il pleut.
- Paillage de 10 cm au pied, mais dégagé sur 10 cm autour du tronc pour éviter les rongeurs et l’humidité stagnante.
Ce que je plante encore en décembre sans sourciller : pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, cognassiers, noisetiers, châtaigniers, et toute haie champêtre en racines nues (charme, cornouiller, érable champêtre, troène sauvage). Les pêchers et abricotiers attendent plutôt la fin de l’hiver dans les zones où le gel descend sous -8 °C : leur bois est moins rustique.
Framboisiers et petits fruits, la dernière fenêtre confortable
Le framboisier est le plus accommodant du lot. Une canne racines nues plantée mi-décembre dans un sol juste ressuyé redémarre aussi bien qu’une plantation d’octobre, à une nuance près : la reprise est plus lente au printemps, et la première récolte arrive parfois une quinzaine plus tard. Sur une variété remontante, ça n’a presque aucune conséquence.
Mes gestes, dans l’ordre. Je raccourcis la canne à 25-30 cm au-dessus du sol, sinon elle pompe dans ses réserves pour nourrir du bois qui ne servira à rien. J’étale les racines en éventail dans une tranchée de 20 cm, sans les plier, et je recouvre le collet de 2 cm de terre maximum. J’espace de 40 cm au sein du rang et de 1,80 m entre les rangs, parce que je passe la tondeuse entre les deux et que je cueille sans me contorsionner. Puis je paille au broyat de branches plutôt qu’aux feuilles mortes : les limaces adorent les feuilles tassées.
Cassissiers, groseilliers et myrtilliers se plantent dans la même fenêtre. Le myrtillier est le seul du groupe à exiger un sol acide : sans terre de bruyère ni pH inférieur à 5,5, il végète et jaunit au bout de deux saisons. J’ai installé les miens en bac enterré, c’était plus simple que d’acidifier une planche entière. Les détails de conduite et de taille sont dans l’article sur planter des framboisiers en automne, qui reste valable jusqu’aux gelées de janvier.
Bulbes de printemps : les tulipes de dernière minute
Décembre n’est pas la bonne période pour les bulbes, c’est la période de rattrapage. Une tulipe plantée le 20 décembre fleurira, mais plus tard, avec des hampes plus courtes et parfois un an de retard sur le grossissement. J’en plante quand même chaque année, pour une raison bête : j’ai toujours oublié un sachet quelque part.
L’ordre de tolérance au retard, du plus souple au plus fragile : narcisses et crocus d’abord, puis tulipes botaniques, puis tulipes horticoles. Jacinthes et fritillaires ferment la marche, et une jacinthe plantée en décembre pardonne rarement. La règle de profondeur ne change pas, trois fois la hauteur du bulbe, soit 10 cm pour une tulipe, 15 cm pour un narcisse. Je place les derniers dans un substrat drainant, sableux au fond du trou, pour éviter le froid humide qui fait pourrir les écailles. Tout le détail des quantités et des associations est dans planter des bulbes en automne.
Dernier détail qui compte plus qu’on ne le pense : une planche de tulipes plantée en décembre demande un paillage léger, mais pas épais. Un paillis trop épais tasse le sol, retient l’humidité et favorise la pourriture du bulbe avant la levée.
Tableau récapitulatif : ce qui se plante encore
| Culture | Fenêtre en décembre | Geste clé | Ce qui fait échouer |
|---|---|---|---|
| Pommier, poirier, cognassier (racines nues) | jusqu’au 20-25, selon le sol | pralinage, greffe hors sol | trou noyé, collet enterré |
| Prunier, cerisier (racines nues) | première quinzaine | tuteurage solide | plantation en période de gel |
| Pêcher, abricotier (racines nues) | éviter, viser février-mars | bois moins rustique | gel sous -8 °C |
| Framboisier, cassissier, groseillier | jusqu’à mi-janvier | canne rabattue à 25 cm | collet recouvert trop haut |
| Myrtillier | jusqu’à mi-janvier | substrat acide pH < 5,5 | sol calcaire, eau du robinet |
| Haie champêtre (racines nues) | tout le mois hors gel | paillage au pied | plants laissés en bottes dehors |
| Rosiers racines nues | première quinzaine | rabattre à 20 cm | bourgeons sous terre |
| Bulbes de printemps | jusqu’aux fortes gelées | profondeur = 3 fois la hauteur | paillis épais, bulbes abîmés |
| Ail, échalote (retardataire) | début du mois seulement | caïeux non décortiqués | sol saturé d’eau |
| Griffes d’asperges, rhubarbe | jusqu’à mi-décembre | œil à 3 cm du sol | sol détrempé |
| Fraisiers | plus la peine | reporter à mars | reprise avant l’hiver impossible |
| Engrais verts (seigle, vesce) | trop tard pour semer | rien à faire | levée nulle |
Ce tableau, je le recoupe chaque année avec le calendrier des semis du site, qui donne les fenêtres mois par mois pour les légumes.
Ce que je ne plante plus en décembre
Les vivaces méditerranéennes d’abord : lavandes, santolines, cistes et romarins installés maintenant passent l’hiver dans un sol froid et gorgé d’eau, et beaucoup ne s’en remettent pas. Mieux vaut les garder en pot dans un endroit abrité et les mettre en terre en avril. Le romarin est le plus coriace du groupe, mais j’ai quand même perdu deux plants plantés à la Toussaint sur une planche argileuse.
Les légumes ensuite, sans exception. Tomates, aubergines, poivrons, courgettes : aucune plantation à cette date n’a de sens, même sous serre froide, la lumière naturelle est trop faible pour un développement correct. Les salades et épinards repiqués maintenant survivent, mais ils ne poussent pas, et une salade qui stagne est une salade qui attire les limaces.
Le piège réel, à mon avis, c’est le plan de plantation trop optimiste. Un trou d’arbre sérieux, c’est trente à quarante minutes de creusage, plus le pralinage, le tuteur, l’arrosage. Trois arbres dans une journée de décembre, c’est déjà une grosse journée, d’autant que la nuit tombe à 17 h. J’ai terminé plus d’une fois à la lampe frontale avec des racines dans un seau d’eau. Elles n’apprécient pas.
Trois week-ends de décembre, concrètement
Premier week-end : réception et plantation des ligneux. Je vérifie les commandes au déballage, je praline, je plante deux ou trois sujets maximum, je tuteure et je paille. S’il gèle, je rentre les plants en jauge dans du sable humide sous abri et je décale.
Deuxième week-end : petits fruits et haies. Les framboisiers, cassissiers et la ligne de charmes si j’en ai commandé. Je pose un cordeau, je creuse la tranchée en une fois, et je plante à la chaîne. C’est le chantier le plus rapide du mois.
Troisième week-end : bulbes et rangement. Les sachets oubliés passent en terre, je nettoie les outils et je huile les manches, et je note sur un carnet ce qui a été planté où. Ce carnet, c’est ce qui m’évite de reperdre un arbre au printemps parce que j’aurai oublié où passe la ligne d’arrosage.
Et après décembre
Janvier est un mois de taille, de commandes de graines et de préparation d’abris plus que de plantation. Le potager proprement dit redémarre vraiment en février-mars, avec les premiers semis sous châssis et les plantations de printemps. Si tu veux la suite logique du calendrier, l’article sur le potager en décembre détaille ce qui se récolte et s’entretient en parallèle de ces plantations, et celui sur que semer en décembre fait le tri entre ce qui lève vraiment sous abri et ce qui ne vaut pas un sachet de graines.
Pour le matériel, mes retours d’usage sur les outils qui survivent à un hiver dehors et sur les équipements de plantation sont regroupés dans les comparatifs. Et pour reprendre la saison dans l’ordre, la liste des articles du blog couvre le calendrier complet, du semis de février à la conservation de janvier.
Trois sources que je consulte quand un point technique me résiste : les publications de l’INRAE sur la fertilité des sols et les systèmes de culture, les références du CTIFL sur les espèces fruitières, et les fiches techniques de la Société nationale d’horticulture de France sur la plantation et la taille.
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