Que planter en novembre ? Dans mon jardin de climat océanique, c’est le mois où je plante le plus et où je récolte le moins. La terre refroidit, autour de 8 à 11 °C dans les dix premiers centimètres, mais elle reste ouverte, et les pluies ont détendu ce qu’un été sec avait tassé. Un caïeu d’ail ou un scion de pommier mis en place maintenant a deux mois pour faire son travail souterrain avant les gros gels. Voilà ce que je plante, dans quel ordre, et ce que j’ai arrêté de tenter.

Novembre est un mois de plantation, pas de semis

La confusion vient du vocabulaire. Semer en novembre en pleine terre, ça ne donne presque rien : la lumière manque, la levée est lente, et les limaces restent actives tant que le mercure ne descend pas sous 5 °C. Planter, en revanche, c’est une autre histoire. Les végétaux ligneux et les bulbes sont au repos végétatif, leur métabolisme tourne au ralenti mais les racines continuent de s’étendre tant que le sol n’est pas gelé.

Mon repère, c’est le thermomètre à dix centimètres enfoncé à la fourche. Au-dessus de 7 °C, je plante sans hésiter. Entre 5 et 7 °C, je me limite aux bulbes et aux arbres. En dessous, je couvre tout avec un vieux tapis de feuilles et j’attends février. Une butte exposée sud garde deux à trois degrés de plus qu’un point bas, et c’est là que je place les cultures les plus fragiles.

L’ail et l’échalote, les deux valeurs sûres

L’ail se plante après le 10 novembre

Chez moi, l’ail de printemps est un mauvais souvenir : petits bulbes, dégâts de mouche, récolte étalée. L’ail d’automne n’a pas ce problème. Il lève avant l’hiver, s’enracine profondément, et arrive à maturité en juin, quand le sol est encore frais. La fenêtre que j’utilise va du 10 novembre à la fin du mois, avec un décalage d’une à deux semaines vers le nord de la France.

Le geste est simple. Caïeux enfoncés de quatre centimètres, pointe vers le haut, quinze centimètres entre les plants et trente entre les rangs si je veux passer la binette. Je ne décolle jamais la tunique qui entoure le caïeu, elle protège de l’humidité. Toute la méthode, y compris le choix des variétés et la rotation à respecter, est dans mon article pour planter l’ail en automne.

Un détail qui m’a coûté une récolte entière : ne réutilise pas de l’ail acheté en grande surface s’il est traité anti-germination. Il lève mal, ou pas du tout. Prends du plant certifié, quitte à payer trois euros de plus le kilo.

L’échalote grise, la plus rustique des trois

L’échalote se plante à la même période, plutôt sur la deuxième quinzaine. La grise (Griselle, Grelot) tient mieux le froid et se conserve jusqu’au printemps suivant. La ronde de Jersey est plus productive mais plus sensible à l’humidité stagnante, donc à réserver aux sols drainants. Je pose les bulbes à dix centimètres, sans les enterrer complètement : la pointe doit affleurer.

Le vrai risque en novembre, ce n’est pas le gel, c’est la pourriture. Sur une planche mal drainée, deux semaines de pluie continue suffisent à transformer la récolte en purée. J’ai perdu une ligne entière comme ça dans un bas de jardin argileux. Depuis, j’y mets uniquement de l’ail et je réserve l’échalote aux planches surélevées.

Les fruitiers en racines nues attendent novembre

C’est la plantation la plus rentable de l’année, et la plus mal comprise. Un arbre vendu en racines nues, sans motte ni pot, coûte deux à trois fois moins cher qu’un arbre en conteneur, et il reprend souvent mieux, parce que ses racines se déploient directement dans le sol en place au lieu de tourner en rond dans un substrat de pépinière. La condition, c’est de le planter pendant le repos végétatif. Novembre ouvre la fenêtre, qui court jusqu’à mars hors périodes de gel.

Comment je plante un scion en racines nues

Le protocole que j’applique, et qui m’a donné zéro échec sur les six derniers arbres :

  1. Je praline les racines dans une bouillie d’argile et de bouse fraîche, une heure avant la mise en terre. Le pralinage évite le dessèchement pendant le transport des racines à l’air.
  2. Je creuse un trou d’au moins 60 cm de côté, en séparant la terre de surface de la terre profonde.
  3. Je vérifie le point de greffe. Il doit rester cinq à dix centimètres au-dessus du niveau final du sol, jamais en dessous.
  4. Je place un tuteur, que je plante avant l’arbre, sinon je blesse les racines.
  5. Je comble avec la terre de surface mélangée à du compost mûr, sans tasser comme un sourd : je presse avec les mains, puis j’arrose copieusement pour faire descendre la terre entre les racines.
  6. Je coupe le scion à 80 cm si c’est un arbre de plein vent, plus haut pour une forme palissée.

L’habillage des racines compte autant que le trou. Je raccourcis les racines blessées ou cassées avec un sécateur propre, jusqu’à un bois sain. La coupe fraîche émet plus facilement des radicelles secondaires que la plaie liégeuse d’une racine arrachée à la machine.

Ce que je regarde avant d’acheter

Le calibre et la hauteur du scion m’importent peu, alors que beaucoup de jardiniers se focalisent dessus. Trois choses pèsent davantage : le porte-greffe annoncé (un M106 ou un MM111 pour un sol lourd, un M9 pour un petit jardin), l’origine de la production, et la fraîcheur des racines. Si elles sont grises, sèches, craquantes sous l’ongle, l’arbre est mort avant de planter. Un scion de 120 cm avec des racines souples vaut mieux qu’un baliveau de 2 mètres aux racines desséchées.

Le détail du travail racinaire et les distances de plantation selon la forme et l’espèce sont décrits dans mon guide pour planter un arbre fruitier. Pour la taille, tout part du choix des premières branches, donc de la mise en forme de l’arbre : c’est le sujet de mon article sur la taille des arbres fruitiers.

Le tableau de novembre, celui que j’affiche dans l’abri

PlantationFenêtreRepères techniquesCe que ça demande
Ail d’automne10 novembre au 30pointe vers le haut, 4 cm de profondsol drainé, plant certifié
Échalote grise15 novembre au 10 décembrebulbe affleurant, 10 cm d’écartplanche surélevée
Oignon blanc (plant)novembre10 cm entre plantsarrosage à la plantation
Fruitiers à pépins en racines nuesnovembre à marsgreffe au-dessus du solpralinage, tuteurage
Fruitiers à noyaunovembre, puis févrieréviter les gels fortssol non gelé
Rosiers racines nuesnovembrebourgeons vers l’extérieurrabattre à 20 cm
Fraisiersjusqu’à fin novembrecollet au niveau du solpaillage après plantation
Framboisiers, cassissiersnovembrerabattre les cannes de l’année1,5 m entre les plants
Bulbes de printempsjusqu’à fin novembre3 fois la hauteur du bulbetulipes tardives en dernier
Aromatiques vivacesnovembre, hors gelthym, sauge, romarinsubstrat drainant
Rhubarbenovembreœil à 3 cm du solapport de compost
Engrais verts (seigle, vesce)jusqu’au 15 novembresemis à la voléecouper en février

Je recoupe ce tableau chaque année avec le calendrier des semis du site, qui donne le mois par mois pour chaque légume.

Bulbes, fraisiers et aromatiques, la dernière fenêtre

Les bulbes de printemps se plantent jusqu’à la fin du mois, avec une règle de profondeur simple : trois fois la hauteur du bulbe. Les tulipes botaniques et les narcisses acceptent le froid sans broncher. Les jacinthes et les crocus supportent encore mieux. Je plante les tulipes tardives en dernier, autour du 25, parce qu’un sol trop chaud favorise les maladies du bulbe. Mon retour d’expérience complet sur les quantités et les emplacements est dans l’article sur planter des bulbes en automne.

Pour les fraisiers, novembre est la limite haute. Passé le mois, la plante n’a plus assez de temps pour s’ancrer et elle souffre au premier coup de froid. Je plante en butte ou sur une planche surélevée, collet strictement au niveau du sol : un collet enterré pourrit en trois semaines.

Les aromatiques vivaces aiment novembre autant que mars, à condition de ne pas bouger en sol détrempé. J’ai installé un thym et une sauge à la Toussaint il y a deux ans. Ils ont encaissé l’hiver sans protection et ont redémarré plus vite que ceux plantés au printemps. Le romarin est le plus frileux des trois, il lui faut une exposition chaude et un sol qui ne retient pas l’eau.

Ce que j’ai arrêté de planter en novembre

Les plantes méditerranéennes en pot, lavande exceptée, ne se remettent pas d’un hiver installé trop tôt dans un sol froid et humide. Les tomates, aubergines et poivrons ne se tentent pas plus qu’en février. Les salades repiquées maintenant tiennent, mais autant les repiquer en octobre et les couvrir sous voile dès que les gelées passent sous -3 °C.

Le piège classique, c’est le plan de plantation trop ambitieux. Trois arbres dans un week-end de novembre, c’est déjà beaucoup : chaque trou demande une demi-heure de creusage sérieux, plus le pralinage, le tuteurage et l’arrosage. J’ai souvent terminé à la lampe frontale, avec des racines qui attendaient dans un seau. Elles n’aiment pas ça.

Comment j’organise le mois en trois week-ends

Le premier week-end, je prépare le terrain : jauge pour les arbres commandés, pralinage des racines, planches ressuyées. Le deuxième, je plante les ligneux : fruitiers, rosiers, petits fruits. Le troisième, je finis par les bulbes, l’ail et l’échalote, et je bâche les planches qui resteront vides jusqu’en mars, parce qu’un sol nu se dégrade vite sous la pluie d’hiver.

Si tu hésites sur le matériel, mes retours d’usage sur les outils et les équipements d’arrosage sont regroupés dans les comparatifs. Et si tu veux reprendre la saison depuis le début, la liste des articles du blog te donne le calendrier complet, du semis de printemps à la récolte d’automne.

Deux sources pour aller plus loin si tu veux creuser le côté technique : les travaux de l’INRAE sur les systèmes de culture et la fertilité des sols, les références du CTIFL sur les fruits et légumes, et les fiches de l’Association française d’agroforesterie pour tout ce qui touche aux arbres au jardin.