Semis en caissette : réussir la levée puis le repiquage
Quel terreau, quelle lumière, quand repiquer ? Le pas-à-pas du semis en caissette, avec les erreurs qui m'ont coûté des plantules filées et tordues.
Le semis en caissette, c’est ma façon de démarrer presque tout ce qui ne se sème pas en place : laitues, poireaux, choux, tomates, aromatiques. Une barquette de terreau, quelques dizaines de graines, et tu obtiens des plants que tu as élevés toi-même, à une fraction du prix des godets du marché. Sauf que le caissette pardonne peu la négligence. Une semaine d’excès d’eau, une fenêtre mal orientée, et les plantules partent en spaghettis. Je m’y suis repris à plusieurs fois avant de comprendre les deux ou trois réglages qui comptent vraiment.
Le contenant : n’importe quelle barquette percée, mais pas trop profonde
Je réutilise les caissettes en polystyrène que le poissonnier me garde, et les barquettes de fraises quand j’en ai trop peu. Un modèle standard fait 16 cm sur 30, ce qui tient sur un rebord de fenêtre sans occuper tout l’espace. Peu importe le matériau, le bois et la fibre ont tendance à moisir si tu arroses comme moi au début.
Le point non négociable, c’est le drainage. Deux rangées de trous de 4 mm au fond, que je perce avec un clou chauffé sur la gazinière, et la caissette posée sur une soucoupe dans laquelle l’eau ne stagne jamais plus d’une heure. Une terrine trop profonde (plus de 8 cm de substrat) reste humide au fond, et c’est là que s’installent les champignons du terreau, la fameuse moisissure blanche qui te fait croire que ton semis est fichu alors qu’il va bien.
Une exception : les cucurbitacées. Courgettes, concombres, melons, courges n’aiment pas qu’on touche à leurs racines. Pour elles, un godet individuel de 8 à 10 cm, une graine par pot, et on n’y revient plus.
Le terreau de semis, et pourquoi j’ai arrêté la terre du jardin
Sème dans la terre de ton potager et tu lèves deux cultures : la tienne et celle de toutes les graines d’adventices qui y dormaient. Le compost maison a le même défaut, en plus doux. J’ai testé par économie, j’ai passé mes samedis d’avril à désherber des caissettes où je ne distinguais plus mes laitues des mourons.
Un terreau spécial semis est pauvre en engrais, ce qui paraît contre-intuitif, mais c’est voulu. Les jeunes racines brûlent au contact d’un substrat trop riche, et la plante file pour évacuer l’excès d’azote. Ma recette quand je n’en achète pas : un tiers de compost bien mûr et tamisé, un tiers de terreau du commerce, un tiers de sable grossier ou de perlite. Si tu utilises du compost ou de la terre, fais un faux-semis deux semaines avant : tu laisses germer les adventices, tu les arraches, puis tu sèmes pour de vrai.
Semer : la densité, premier piège
Je sème en lignes espacées de 4 cm, jamais à la volée sur toute la surface. C’est plus long de cinq minutes et ça change tout au repiquage. Les graines fines (laitue, céleri, poireau, thym) se posent presque en surface, à 2 mm. Pour le reste, la règle que j’applique : enterrer à deux ou trois fois le diamètre de la graine. Plus profond, la plantule épuise ses réserves avant de voir le jour.
L’arrosage de semis ne se fait pas au jet, ni même au vaporisateur, que j’ai abandonné. Je pose la caissette dans une bassine d’eau tiède pendant vingt minutes, le temps que le substrat remonte l’humidité par capillarité. Ensuite, je couvre d’une vitre ou d’un plastique transparent jusqu’à la levée pour garder l’humidité, et je découvre dès les premières pousses vertes, sans attendre.
La lumière décide de tout, la température suit
Le semis qui file, tu le reconnais à sa tige qui s’allonge démesurément, pâlit et finit par plier. On accuse souvent le manque de lumière, et c’est en partie vrai : une plantule a besoin de 14 à 16 heures d’éclairage par jour pour rester compacte, comme le rappelle le semencier québécois Semences du Portage. Une fenêtre plein sud, même en février, ne t’en donne pas autant.
L’autre moitié du problème, c’est la température. Une caissette à 24 °C derrière une vitre en mars, sous un jour de 10 heures, produit exactement le même étiolement qu’une caissette dans le noir. La chaleur pousse la plante à s’étirer, la lumière ne suit pas. Depuis que je place mes semis levés dans une pièce à 15-17 °C, sous une lampe horticole à 15 cm au-dessus des feuilles, je n’ai plus de plants tordus. La lampe reste allumée 14 heures par jour, avec une minuterie, parce que j’oubliais d’éteindre.
Repiquer au bon stade, pas avant, pas après
Le repiquage sert à donner de la place à des plantules qui se marchaient sur les racines. Trop tôt, la plantule est fragile et n’a pas assez de réserves. Trop tard, les racines sont enchevêtrées dans la caissette et tu arraches tout en démêlant.
Le signal, c’est l’apparition des premières feuilles vraies, celles qui ont une forme différente des deux cotylédons ronds du départ. En pratique, je repique quand la plantule a deux vraies feuilles bien ouvertes, soit deux à trois semaines après le semis selon l’espèce et la température.
| Espèce | Stade de repiquage | Contenant cible | Remarque |
|---|---|---|---|
| Tomate | 2 à 3 feuilles vraies | godet de 8 cm | enterrer jusqu’aux cotylédons |
| Laitue, chicorée | 2 feuilles vraies | godet ou alvéole 4 cm | supporte bien l’attente |
| Chou | 2 à 3 feuilles vraies | godet de 6 cm | ne pas enterrer le collet |
| Poireau | hauteur d’un crayon | trou de 15 cm en pleine terre | couper les racines à 2 cm |
| Céleri, basilic | 2 feuilles vraies | godet de 5 cm | racines fines, délicat |
| Courgette, concombre | dès la levée | godet de 10 cm, une graine par pot | ne supporte pas le repiquage |
Le geste, étape par étape
J’arrose la caissette une heure avant, jamais au moment. Un substrat détrempé soude la motte aux racines ; un substrat sec la fait s’effriter et laisse les radicelles à l’air.
- Fais un avant-trou dans le godet avec un crayon ou un bâtonnet, à la profondeur de la motte.
- Sors la plantule en glissant une cuillère à café ou un bâtonnet sous les racines, sans tirer.
- Saisis la plantule par une feuille, jamais par la tige : une feuille perdue repousse, une tige pincée, non.
- Place la motte dans le trou et enterre la tige jusqu’à la base des cotylédons pour la tomate et la plupart des légumes-feuilles. Les racines nouvelles se forment le long de la partie enterrée.
- Tasse autour, sans écraser, et arrose au verre, à l’eau claire et tempérée.
- Deux jours à l’ombre douce, puis retour à la lumière pleine. Le soleil direct sur une plantule fraîchement repiquée la fane en une matinée.
Je repique par temps couvert quand je peux, ou en fin de journée. L’évaporation est plus faible et les plants reprennent sans flétrir.
Les espèces qui ne se repiquent pas
Trois familles à semer directement en place ou en godet individuel, sans jamais déranger les racines : les cucurbitacées (courgette, concombre, melon, courge, potiron), les racines (carotte, panais, navet, radis, betterave) et les aromatiques à pivot fragile comme l’aneth. Une carotte repiquée se tord, une courgette transplantée après trois semaines de godet reste chétive tout l’été.
Sur la grelinette, il y a un lien direct avec tout ça : quand le sol n’est pas travaillé, les racines restent en place et le repiquage des racines devient encore plus délicat. Sème, ne transplante pas.
Mes erreurs, dans l’ordre chronologique
Semer trop dense m’a coûté une saison entière de poireaux. Les plantules sont restées fines comme des aiguilles, impossibles à démêler sans casser. Deux graines par alvéole maximum, et une seule pour la tomate.
Arroser au vaporisateur, ensuite, paraît doux. En réalité, ça mouille la surface sans atteindre les racines, et ça crée les conditions idéales pour la fonte des semis, ce champignon qui couche les plantules en une nuit. Le bassinage par le bas règle le problème.
Étiqueter, enfin. Une après-midi de printemps, j’ai repiqué deux variétés de tomates en me disant que je m’en souviendrais. Résultat : un été entier de fruits rouges dans un carré censé être de la ‘Green Zebra’. Une étiquette au crayon gras dès le semis, pas après.
Quelques repères de calendrier
Les aubergines et les poivrons se lancent en janvier-février, au chaud, à 22 °C. Les tomates en février-mars, à 18-20 °C pour la germination puis moins. Les laitues, choux et céleris se contentent de mars-avril sous abri. Et à la fin de l’été, c’est le tour des cultures d’hiver : mâche, épinards, chicorées, que j’aborde dans les semis d’août pour l’hiver.
Ces plants repiqués n’iront dehors qu’après un passage en serre froide ou en châssis, le temps de les endurcir. Un plant élevé à 18 °C qui débarque directement dehors en avril prend un coup de froid dont il ne se remet pas toujours.
Le matériel fait la différence sur cette étape. Les caissettes, les godets, le terreau et une lampe horticole correcte coûtent moins cher qu’une saison de plants achetés, et tu les gardes dix ans. J’ai détaillé ce que je rachète et ce que je regrette d’avoir acheté sur la page comparatifs.
Un dernier conseil de terrain : note tout sur un carnet. Date de semis, date de levée, date de repiquage. Deux saisons de notes et tu sais exactement quand lancer tes tomates pour ton climat, sans tâtonner. La mémoire, c’est bien ; elle retient mal les dates de février.
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