Aleurodes et moucherons blancs : s'en débarrasser en serre
Aleurodes et moucherons blancs en serre : reconnaître l'invasion, pièges jaunes, Encarsia, savon noir et coupure du cycle hivernal pour en finir.
Un nuage de poussière blanche qui décolle d’un pied de tomate quand tu passes la main dessus : voilà l’aleurode. Il y a quelques années, dans ma serre de 12 m², j’ai laissé filer quinze jours en me disant que quelques moucherons blancs ne méritaient pas une intervention. Fin du mois, les feuilles du bas étaient collantes et noircies de fumagine, et j’avais trois générations empilées dans le même volume d’air. Depuis, j’ai une méthode en cinq gestes qui tient la pression, aubergines comprises, alors que ce sont justement ses plantes préférées.
Un moucheron de 1,5 mm qui vit sous les feuilles
L’adulte ne dépasse pas 1 à 1,5 mm. Deux paires d’ailes recouvertes d’une poussière cireuse blanche, un corps jaune pâle qu’on ne voit que de très près. Il se pose sur la face inférieure des feuilles, souvent près des nervures, et s’envole dès qu’on secoue la plante. Cette fuite en nuage est le meilleur test d’identification : secoue une feuille au-dessus de ta main, tu comptes les adultes qui s’envolent en trois secondes.
Les dégâts, eux, se lisent autrement. Adultes et larves piquent la feuille et prélèvent la sève, ce qui provoque des plages jaunâtres, un feuillage terne, un ralentissement net de la croissance. Surtout, ils excrètent du miellat, ce film sucré et collant sur lequel s’installe un champignon noir, la fumagine. Sur les tomates et les aubergines, la fumagine salit les fruits et fait chuter la photosynthèse des feuilles attaquées. Une attaque forte en juin coûte facilement un tiers de la récolte d’un plant, et l’effet ne se rattrape pas en août.
| Symptôme observé | Ce que ça signifie | Geste à faire dans la journée |
|---|---|---|
| Nuage de petits insectes blancs quand on secoue la plante | Adultes actifs, colonie installée | Poser des pièges jaunes et compter les captures |
| Feuilles basses collantes au toucher | Miellat frais, larves en développement | Supprimer ces feuilles (sac fermé, pas le compost) |
| Feutrage noir sur les feuilles ou les fruits | Fumagine installée sur le miellat | Laver les feuilles à l’eau tiède, traiter la cause |
| Larves translucides plates de 0,5 mm sous les feuilles | Stades jeunes, les plus vulnérables | Cibler la face inférieure, c’est là que tout se joue |
| Petits disques noirs et brillants sous les feuilles | Pupes d’aleurodes parasitées par Encarsia | Ne pas traiter, attendre deux semaines |
Trois espèces à ne pas confondre
L’aleurode des serres (Trialeurodes vaporariorum) est celui qu’on trouve partout sous abri en France. Il est très polyphage : tomate, aubergine, concombre, courgette, haricot, géranium, liseron. La fiche d’Éphytia, la base de l’INRAE en liste des centaines d’espèces hôtes. L’aleurode du tabac (Bemisia tabaci) lui ressemble beaucoup mais n’a pas la même réputation : il est réglementé au niveau européen et transmet des virus, dont le TYLCV sur tomate. Si tu vois des dégâts en mosaïque jaune sur les jeunes pousses, ne te contente pas d’un traitement, vérifie l’identification (le portrait officiel sur la base EPPO est clair).
Le troisième larron, l’aleurode du chou (Aleyrodes proletella), a les ailes marquées de taches sombres et vit dehors sur les brassicacées. Celui-là hiverne très bien sans serre et ne te concerne pas pour tes tomates.
Pourquoi la serre en fait une machine à multiplications
La femelle pond des œufs invisibles (moins de 0,3 mm) sur la face inférieure des feuilles. Il en sort des larves aplaties qui se fixent et ne bougent plus, puis un stade immobile qu’on appelle la pupe, et enfin l’adulte. À 22-25 °C, le cycle complet prend trois à quatre semaines. Les générations se chevauchent alors : quand tu vois les adultes, tu as déjà des œufs en train d’éclore ailleurs.
C’est la température qui décide de tout. En dessous de 10 °C, le développement s’arrête. Au froid franc, les adultes meurent en quelques jours, les œufs et les pupes résistent mieux. Sous une serre froide du Nord de la France, l’espèce ne passe pas l’hiver dehors. Elle survit dans les abris chauffés, les vérandas, les pots d’aromatiques rentrés, les serres maintenues hors gel pour les agrumes. Autrement dit, l’aleurode ne te tombe pas du ciel en mars : tu le gardes d’une année sur l’autre. Cette conclusion a changé ma façon de gérer la fin de saison, j’y reviens plus bas.
Le piège jaune, à poser avant même de voir les dégâts
Les aleurodes sont attirés par le jaune. Leur maximum de sensibilité se situe autour de 550-600 nm, ce qui correspond au jaune vif des plaques collantes du commerce. Mon usage a évolué avec les années : je ne compte plus uniquement sur elles pour éliminer, mais l’information qu’elles donnent vaut de l’or.
Dans la serre, une plaque pour 50 m² suffit à surveiller. Compte les captures chaque semaine, note le chiffre sur un carnet. Une remontée brutale de captures précède de dix jours l’explosion visible, c’est ton délai d’action. Si tu passes en piégeage de masse, il faut descendre à une plaque pour 10 à 20 m² pour espérer limiter la pression, et là, ça ne remplace pas les auxiliaires.
Trois détails qui changent le rendement de tes plaques. Première chose, la hauteur : place-les juste au-dessus de la culture, pas à 2 mètres du sol. Deuxième, l’orientation : plusieurs essais de piégeage concluent que les plaques placées à plat capturent davantage d’adultes que les mêmes plaques verticales, l’insecte arrivant d’en haut. Troisième, la fraîcheur de la colle : une plaque saturée de pucerons ou poussiéreuse ne capture plus rien, change-la toutes les trois semaines en période d’activité. Et si tu chauffes un peu la serre en fin d’hiver pour tes semis, une plaque dès février t’annoncera l’arrivée de la première génération avant qu’elle ne s’installe.
Les auxiliaires font le travail à ma place quand la serre est fermée
C’est la solution que je préfère, à condition que la serre soit fermée et tempérée. Un micro-hyménoptère de 0,6 mm, Encarsia formosa, pond dans les larves du 3e et 4e stade. Le résultat est visible à l’œil nu : les pupes parasitées deviennent noires et brillantes, comme des petites pastilles vernies sous la feuille. C’est le meilleur indicateur de réussite. Encarsia ne travaille bien qu’à partir de 18-20 °C, et les référentiels professionnels parlent de quelques individus au mètre carré, introduits chaque semaine tant que des adultes sont visibles.
Les autres options selon les situations : Macrolophus pygmaeus, une punaise prédatrice qui consomme œufs et larves et qui tient sur tomate toute la saison ; Amblyseius swirskii, un acarien prédateur efficace sur œufs et jeunes larves, mais qui demande chaleur et humidité ; Delphastus catalinae, une coccinelle noire redoutable dans les serres chaudes. Mon conseil, distillat d’erreurs : introduis tôt, dès les premières captures sur plaque, et jamais juste après une pulvérisation. Le savon et les huiles laissent des résidus qui tuent aussi les auxiliaires. Je compte une semaine sans traitement, deux si j’ai pulvérisé une huile végétale.
Pour comprendre pourquoi ces prédateurs s’installent mieux dans un environnement diversifié, jette un œil à mes fiches sur les auxiliaires du jardin potager : la logique est la même que dehors, un abri, du pollen et des fleurs à proximité.
Savon noir, neem, pyrèthre : ce qu’ils tuent vraiment
Beaucoup de traitements se vendent mais aucun ne balaie une colonie en une fois. Le problème de l’aleurode tient à la biologie : les larves jeunes et les pupes sont relativement sensibles aux produits de contact, les adultes volent et les œufs sont protégés sous la feuille. Un produit donné n’agit donc que sur une partie de la population, à un moment donné. D’où une règle : plusieurs passages espacés, sur la face inférieure, le soir.
| Produit | Ce qu’il atteint | Ce qu’il n’atteint pas | Cadence réaliste |
|---|---|---|---|
| Savon noir (dose du fabricant, souvent 1 à 2 %) | Larves jeunes, pupes, effet de suffocation | Peu d’action de choc sur les adultes | 3 passages à 5-6 jours d’intervalle |
| Huile de neem ou azadirachtine | Jeunes larves, effet régulateur de croissance et répulsif | Aucun effet immédiat, inutile sur une invasion déclarée | 2 à 3 applications à 7 jours, à l’abri du plein soleil |
| Extraits de pyrèthre végétal | Adultes, effet de choc rapide | Faible rémanence, toxique pour les auxiliaires | Une seule fois, au crépuscule, jamais avec un lâcher d’Encarsia |
| Kaolin ou argile surfine | Réduit le dépôt et la piqure, barrière minérale | Ne tue rien, tient tant que la pluie ou l’arrosage ne rince pas | Renouveler après rinçage |
| Bicarbonate, soufre | Efficaces sur l’oïdium et le mildiou | Strictement rien sur les aleurodes, même en mélange | Inutile ici |
Une mise en garde que j’aurais aimé lire plus tôt : l’aleurode développe vite des résistances, en particulier aux pyréthrinoïdes et aux néonicotinoïdes utilisés autrefois en serre professionnelle. Ne reuse pas la même famille deux fois de suite. Le pyrèthre végétal est ainsi mon dernier recours d’urgence, jamais un plan de saison, et je l’utilise le soir pour épargner les pollinisateurs et les auxiliaires introduits.
Pulvériser à midi par 30 °C dans la serre, je ne le fais plus. Le savon et les huiles, appliqués sur un feuillage déjà chauffé, brûlent les jeunes pousses et les marges se dessèchent en deux jours. Mes aubergines de 2023 en portent encore le souvenir dans mon carnet, avec le commentaire sec que j’y avais laissé.
Couper le cycle en fin de saison
C’est le geste qui pèse le plus lourd et il ne coûte presque rien. Puisque l’aleurode des serres ne peut pas survivre dehors l’hiver sous climat frais, ton objectif est de le priver d’hôtes et de chaleur sur quatre semaines.
Le protocole que j’applique en octobre et novembre. Je récolte les dernières tomates et aubergines, même vertes. J’arrache tout, racines comprises, et je sors les débris de la serre le jour même : les laisser sur le tas du fond, c’est replanter l’année suivante. Je lave la structure avec une eau savonneuse, sols et vitrages du bas, où les pupes se réfugient dans les recoins. Je laisse la serre vide, portes ouvertes et non chauffée, au moins trois à quatre semaines. Sans feuilles, les adultes, qui vivent deux à cinq semaines, meurent sans pouvoir pondre. Le gel n’est qu’un appoint : il élimine les adultes les plus exposés mais beaucoup de pupes passent l’hiver sans sourciller.
Le point faible de tout le monde, le voici : les plants d’aromatiques, de géraniums ou d’agrumes qu’on rentre dans un endroit hors gel. Ce sont des refuges parfaits et discrets. Mon hivernage des plantes aromatiques explique où les mettre, et si tu ne peux pas faire autrement, inspecte la face inférieure des feuilles avant de rentrer quoi que ce soit.
Ajoute deux gestes de prévention. Un filet anti-insectes à maille fine, de 0,6 à 0,8 mm, sur les ouvrants, laisse passer l’air et retient les adultes qui cherchent à entrer. Et une quarantaine de dix à quinze jours pour toute nouvelle plante achetée au printemps, posée au fond du jardin avant d’entrer. Le jour où j’ai acheté quatre plants de tomates en coupe dans une jardinerie, j’ai ramené plus d’aleurodes que de variétés.
L’ordre dans lequel j’intervient quand j’ouvre la serre en mars
Un dernier mot sur les répulsifs, parce que j’ai testé. Le basilic et l’œillet d’Inde plantés en inter-rang n’ont rien changé chez moi : mes pieds de basilic ont été colonisés en premier, comme le reste. Les recherches sur la répulsion par les plantes compagnes en serre sont loin d’être concluantes, souvent réalisées en laboratoire sur des distances de quelques centimètres. Une autre piste que j’ai suivie, les paillages réfléchissants métallisés, donne des résultats contradictoires selon les essais. Je continue à planter du basilic, pour la cuisine, pas pour la protection.
Ce que je ferais à ta place, dans l’ordre. Secouer trois plants sur une feuille blanche pour estimer la population. Poser une plaque jaune pour dix à vingt mètres carrés de culture et compter. Couper les feuilles les plus atteintes, sans les mettre au compost de la serre. Si la pression est faible et la serre à plus de 18 °C, lâcher des Encarsia et attendre deux semaines avant de juger. Si la pression est forte, deux à trois passages de savon noir sur les faces inférieures le soir, puis un lâcher d’auxiliaires une semaine après l’arrêt. Et fermer la serre propre à l’automne, vide et froide, pour repartir sur une base saine.
Les pièges jaunes, les filets anti-insectes et les pulvérisateurs qui atteignent vraiment la face inférieure des feuilles se comparent sur la page comparatifs du site. Et si une culture se met à jaunir sans que tu trouves d’insectes, ce n’est peut-être pas la faute des aleurodes : mon diagnostic des maladies des tomates permet d’écarter les champignons et les virus, étape par étape. Quant aux autres ravageurs d’abri et de plein air, le traitement naturel des pucerons suit la même logique que ce que je viens de décrire : jeunes stades d’abord, auxiliaires ensuite, pulvérisations en dernier.
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