Bouturer cassissier, groseillier et framboisier en hiver
Bouturer le cassissier, le groseillier et le framboisier en janvier-février : bois dur, substrat, taux de reprise réels et erreurs qui ratent les boutures.
Bouturer le cassissier en janvier, quand le jardin ne montre plus rien et que le sécateur s’ennuie, c’est le meilleur placement de l’hiver. Un rameau de 20 cm pris sur un pied sain devient un arbuste qui fructifie deux ans plus tard, pour zéro euro. Je multiplie mes baies comme ça depuis une dizaine d’années : cassissiers, groseilliers, framboisiers. J’ai aussi raté des lots entiers, dont une série de vingt boutures plantées la tête en bas, ce qui reste mon record de bêtise au jardin. Voici la méthode complète, avec les taux de reprise que j’observe vraiment et les espèces qui ne valent pas le coup.
Ce qui se joue dans un rameau coupé en plein hiver
En janvier-février, les arbustes à petits fruits sont au repos. La sève circule au ralenti, les bourgeons sont fermés, les feuilles sont tombées depuis longtemps. Un rameau prélevé maintenant ne transpire presque rien et ne se dessèche pas, alors qu’une bouture de printemps réclame une brumisation plusieurs fois par jour, ce que personne ne tient plus de deux semaines.
Le froid fait un second travail, invisible. Il lève la dormance des bourgeons. Une bouture qui prend quelques semaines de gel redémarre franchement en mars ; la même bouture gardée au chaud s’installe dans une torpeur et débourre au hasard, quand elle débourre.
Reste la coupe elle-même. Au contact d’un substrat frais et humide, la blessure se ferme par un bourrelet de cellules, le cal. C’est de là que sortent les premières racines, souvent avant le moindre signe visible au-dessus du sol. Le Royal Horticultural Society décrit exactement le même mécanisme et conseille la même fenêtre que la mienne : de la fin de l’automne à la fin de l’hiver, en évitant les jours de gel.
Bouturer, c’est aussi cloner. Un semis de cassissier donne un plant qui ne ressemblera pas forcément à celui d’à côté, alors qu’une bouture reproduit le pied mère au bourgeon près. L’INRAE se sert de ce mécanisme pour reconstituer des haies et des bords de rivière à partir de bois prélevé sur place, sans pépinière ni serre chauffée.
Trois baies qui reprennent presque seules, une qui se refuse
Le tableau ci-dessous vient de mes propres comptages, sur des boutures plantées en pleine terre ou en godets dans le Nord de la France. Chaque ligne correspond à une dizaine de boutures prélevées la même semaine, dans les mêmes conditions.
| Baie | Bois à prélever | Longueur | Reprise sur 10 |
|---|---|---|---|
| Cassissier | pousses de l’année, grosses comme un crayon | 20-25 cm | 8 |
| Groseillier rouge et blanc | pousses de l’année bien aoûtées | 20-25 cm | 7 |
| Groseillier à maquereau | pousses de l’année, plus fines | 20 cm | 5 |
| Framboisier (drageons du pied) | rejets détachés à la bêche | 20-30 cm | 9 |
| Framboisier (bouture de racine) | segments de racine de la grosseur d’un stylo | 8-10 cm | 7 |
| Myrtillier | pousses de l’année, substrat acide | 10 cm | 2 |
Le cassissier est de loin le plus docile : il émet des racines sur presque toute la longueur enterrée. Le groseillier à maquereau déçoit souvent la première année, puis reprend mieux quand on le laisse deux saisons en pépinière au lieu d’une. Quant au myrtillier, deux reprises sur dix chez moi, c’est trop peu pour y consacrer une planche : il vit en symbiose avec des champignons du sol particuliers et se multiplie bien mieux par marcottage ou par achat d’un plant en motte acide. Pour celui-là, je lis cultiver le myrtillier et les baies rouges plutôt que d’insister.
Le framboisier se multiplie encore plus simplement : ses drageons poussent entre les rangs, il suffit de les déterrer au repos végétatif avec un morceau de racine et de les replanter aussitôt. C’est gratuit, immédiat, et ça évite un an de pépinière.
Choisir le bois : ni trop vieux, ni trop tendre
Tout se décide au moment de la coupe. Je prends les pousses de l’année, celles qui ont poussé au printemps et en été, fermes, bien aoûtées de la base à la pointe, avec des bourgeons ronds et nets. Elles se reconnaissent à leur écorce lisse, marron clair, sans fissure.
J’écarte trois catégories. Les branches de deux ans et plus, au bois dur et souvent creux au centre. Les gourmands trop vigoureux, dont le bois reste tendre et pourrit avant de raciner. Et tout pied malade : le cassissier attrape la rouille et l’anthracnose, repérables à des taches orangées sous les feuilles ou à une chute précoce en fin d’été. Bouturer un pied contaminé, c’est déplacer le problème dans tout le jardin.
Le sécateur doit couper net. Une lame qui écrase le bois ouvre une plaie qui ne se fermera pas proprement. Je passe la lame à l’alcool à 70 degrés entre deux arbustes, un geste que j’ai pris après avoir contaminé plusieurs boutures avant de comprendre d’où venait le problème.
Une bouture mesure 20 à 25 cm, soit quatre à six bourgeons. La coupe du bas est franche et droite, à deux millimètres sous un bourgeon. La coupe du haut est oblique, juste au-dessus d’un bourgeon, et j’enlève toujours la pointe trop tendre. Ce biais du haut n’est pas qu’esthétique : il sert à savoir où est le haut quand les boutures sont en botte, ce qui m’aurait évité mon lot planté à l’envers.
Un substrat pauvre, jamais enrichi
C’est le point sur lequel on se trompe le plus facilement, parce qu’on veut bien faire. Un terreau riche, un compost frais, un peu d’engrais pour aider : tout cela fait pourrir la bouture. Les racines se forment mieux dans un milieu pauvre, drainant et frais.
Mon mélange : moitié sable de rivière, moitié compost de feuilles bien mûr. En l’absence de compost de feuilles, un tiers de sable, un tiers de terre de jardin, un tiers de vieux terreau suffit. Si tu veux la recette complète du compost de feuilles, elle est en sacs percés, et c’est justement la texture qu’il faut pour ce genre de bouturage.
En godets profonds, dehors mais à l’abri
Je préfère les pots hauts de 15 à 20 cm, ou des bouteilles coupées, plutôt que les godets larges et plats. Deux ou trois boutures par pot, enfoncées aux deux tiers, deux bourgeons dehors, substrat tassé autour sans excès, arrosage une fois, puis on n’y touche plus.
Les pots passent l’hiver contre un mur, au nord-est, à l’abri du vent dominant et des pluies battantes. Jamais en plein soleil. En février, l’arrosage se limite à un pot sur trois si le substrat est sec au doigt. La plupart de mes échecs en godet viennent de l’excès d’eau, pas du manque.
Le fagot en tranchée, la méthode des anciens
C’est la technique que m’a montrée un pépiniériste à la retraite, et c’est aussi la plus économique. Je creuse une tranchée de 25 cm dans une planche légère, je tapisse le fond de sable, je lie dix boutures en botte, je les pose debout dans la tranchée et je rebouche. Deux bourgeons dépassent.
Le fagot garde l’humidité au centre, le sable empêche le pourrissement, et l’ensemble passe l’hiver sans surveillance. Sur cassissier, j’ai eu dix reprises sur dix avec cette méthode, contre huit en godets. Le revers : il faut de la place et un sol qui ne reste pas gorgé d’eau. Dans une argile lourde, je m’abstiens.
L’entretien jusqu’à l’automne : presque rien, sauf en juillet
De mars à juin, la bouture fait son travail toute seule. Les bourgeons s’ouvrent, deux ou trois pousses partent, tu as l’impression que tout est joué. Ce n’est pas le cas. Le système racinaire reste minuscule pendant des mois, et la bouture vit sur le rameau, pas encore sur ses racines.
Je n’arrose pas de façon régulière en hiver. Je désherbe autour pour éviter la concurrence. Je ne donne aucun engrais la première année, c’est inutile et risqué. Je ne tire pas sur la tige pour vérifier : le seul signe fiable, c’est une pousse vigoureuse qui ne flétrit pas aux premières chaleurs. Une bouture qui résiste à une traction douce a des racines ; une bouture qui vient tout seul n’en a pas.
Mon vrai point de vigilance est estival. En juillet 2022, un lot de groseilliers en godets a grillé en dix jours pendant une absence, cuves à sec et pots en plein soleil. Depuis, les pots de pépinière passent l’été sous un arbre ou derrière une haie, avec un paillis de tontes séchées. Les limaces ont aussi leurs habitudes sur les jeunes pousses tendres, j’en ai parlé dans limaces au potager.
Quand et où les installer pour de bon
Je laisse les boutures une saison complète en pépinière, parfois deux pour le groseillier à maquereau. La plantation définitive se fait à l’automne suivant, en octobre-novembre, à la même période que pour des plants achetés : voir ma méthode de plantation des framboisiers à l’automne pour le détail du trou et de l’arrosage de reprise.
Compte un mètre entre deux cassissiers, un mètre vingt entre deux groseilliers, et coupe la tige à 25 cm au-dessus du sol à la plantation. Ce rabattage paraît brutal sur une plante qui a déjà poussé, il est indispensable : les racines arrachées ne peuvent pas nourrir un rameau d’un mètre.
Un mot sur le calendrier, puisque cette fenêtre surprend souvent les jardiniers qui bouturent en septembre. Bouturer en automne fonctionne très bien, c’est même l’usage courant pour groseillier et cassissier : le bois est aoûté, le sol encore chaud. La fenêtre de janvier-février sert à ceux qui ont raté l’automne, à ceux qui jardinent en sol lourd et froid où les boutures d’octobre pourrissent, et à ceux qui veulent prélever sur un arbuste dont les feuilles sont tombées, donc sans risque de casser un bourgeon en travaillant.
Le récapitulatif, en quatre dates
| Période | Ce qui se passe | Mon geste |
|---|---|---|
| Janvier-février | repos végétatif, boutures à prélever | couper, botteler, planter |
| Mars-avril | formation du cal, premières racines | ne rien faire, surveiller l’excès d’eau |
| Juin-août | feuilles et premières pousses fragiles | ombre, paillage, arrosage d’appoint |
| Octobre-novembre | bouture enracinée, feuilles tombées | replanter à sa place définitive |
La multiplication par bouture marche aussi sur les aromatiques et sur beaucoup d’arbustes, avec des variantes de saison. J’ai détaillé la question dans multiplier les aromatiques, utile quand on veut garnir une haie ou une bordure sans acheter.
Reste la question du matériel, parce qu’un sécateur émoussé gâche tout le travail. Un bon sécateur à lame franche et une pointe de désinfectant coûtent moins cher que trois plants de cassissier. Mes critères et mes préférences sont sur la page comparatifs, et si tu veux multiplier tes plants encore plus loin, les articles du blog couvrent le bouturage automne, la greffe et le marcottage.
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