Le potager en janvier ne nourrit personne. Chez moi, à Cauffry, les planches sont sous les feuilles mortes depuis novembre, la dernière mâche est passée dans la soupe avant Noël et la bêche n’a pas bougé du garage. Pourtant ce mois-là n’est pas vide. C’est même l’un des plus rentables de l’année, à condition d’accepter de ne pas jardiner au sens habituel. Taille des fruitiers, commandes de graines, réparation du matériel, vérification des abris: quatre journées bien employées en janvier valent trois semaines de rattrapage au printemps.

La terre travaille sans moi et c’est très bien ainsi

Mon sol n’est jamais aussi vivant qu’en hiver. Tant que la température descend à peine sous 5 °C à 20 cm de profondeur, les vers de terre continuent de remonter, les champignons décomposent les feuilles que j’ai laissées en couche, et les racines de mes légumes d’hiver s’allongent encore un peu. Rien de tout ça ne me demande de passer la grelinette.

J’ai arrêté de bêcher en janvier après avoir tassé deux planches une année de pluie continue. Un sol argileux détrempé, quand on marche dessus, garde la trace de la semelle à plus de vingt centimètres. Trois ans plus tard, mes carottes se fendaient encore sur cette zone. Depuis, règles simples:

  • je reste sur les passe-pieds, jamais sur les planches, jusqu’aux premiers ressuyages de février
  • je complète le paillage, plutôt que de l’enlever. Sur les planches qui ont reçu du BRF en automne, la couche tombe à 5 ou 6 cm, j’ajoute des feuilles broyées pour retrouver 10 cm
  • je ne retourne pas le compost. Un tas qui gèle ne se réchauffe plus avant mars et je perds deux mois

Si tu débutes et que ton sol est resté nu cet hiver, lis plutôt ce que je faisais avant: ne jamais laisser un sol nu. Le rattrapage en janvier, c’est du paillage, pas du travail du sol.

Tailler les fruitiers: la fenêtre la plus courte de l’année

La taille d’hiver se joue entre la chute complète des feuilles et la montée de sève, donc de décembre à fin février. Le créneau utilisable, lui, est bien plus étroit. Il faut un sol non gelé pour poser l’échelle sans la faire glisser, une température au-dessus de -3 °C environ (le bois gelé casse net au lieu de se couper) et deux jours sans pluie annoncée après la coupe.

Pommier, poirier, cognassier et la plupart des petits fruits passent maintenant. Mes pommiers sont taillés en gobelet depuis 2019 et je garde la même méthode: j’enlève d’abord le bois mort et les branches qui se croisent, puis je dégage le centre pour que la lumière entre, et je raccourcis les charpentières de l’année d’un tiers au maximum. Plus de détail sur les gestes, la position des yeux et les coupes à éviter dans taille du pommier.

Ce que je ne taille plus en janvier: pruniers, cerisiers et autres noyaux. Chez moi, deux plaies de taille en janvier ont donné de la gomme sur un cerisier, et les chancres adorent les coupes d’hiver humides. Ces arbres se taillent après récolte, en juillet ou en août, quand la cicatrisation est rapide (taille du cerisier).

Si tu dois retenir un seul point de terrain: taille par temps sec, pas juste avant une gelée. Une coupe ouverte à -6 °C dans la nuit qui suit met des mois à fermer, quand elle ferme.

Graines: la commande de janvier décide de l’été

C’est le chantier que je rate le plus souvent quand je le repousse à février. Les variétés anciennes et les semences paysannes partent vite: l’an dernier, trois de mes lignes étaient en rupture dès la première semaine de février, y compris deux tomates mi-saison que je ressème chaque année.

Je commande en janvier, et avant de commander je trie. Un sachet ouvert il y a cinq ans a peu de chances de lever. Le test tient en une semaine:

  1. dix graines sur du coton humide, dans une boîte fermée, entre 20 et 22 °C
  2. huit jours plus tard, je compte les germinations
  3. au-dessus de 70 %, le sachet reste ; en dessous de 40 %, il part au compost ; entre les deux, je double la dose au semis

Les ordres de grandeur que j’utilise pour savoir quoi racheter:

LégumeDurée germinative approximativeCe que ça change
Tomate, courge, concombre4 à 6 ansle sachet de 2021 peut encore servir
Betterave, poivron, haricot, pois3 à 4 ansà tester avant de semer serré
Laitue, mâche, carotte2 à 3 ansje rachète tous les deux ans
Oignon, poireau, panais1 à 2 ansachat annuel, pas de discussion

Ces durées valent pour un stockage au sec, entre 10 et 15 °C, dans une boîte fermée. Mon garage non chauffé et humide m’a fait perdre des sachets d’oignon en une seule saison, avant même qu’ils soient ouverts. Les variétés paysannes et la conservation des semences potagères sont bien documentées chez le Réseau Semences Paysannes, utile quand on veut commencer à reproduire ses propres graines.

Sous abri: ce qui germe vraiment en janvier

Janvier n’est pas un mois de semis, sauf sous abri chauffé. Deux exceptions tiennent la route chez moi, sans lampe horticole et sans serre chauffée:

  • les oignons et les poireaux, semés en caissette sous châssis froid à la fin du mois, levée lente et plants robustes à repiquer en mars
  • les aubergines, poivrons et piments, réservés à ceux qui peuvent maintenir 22 à 25 °C pendant la levée, sinon les plantules s’étiolent avant la fin du mois

Le problème de janvier n’est pas la chaleur, c’est la lumière. Il y a huit à neuf heures de jour, souvent grises, et un semis qui lève dans un coin tiède mais sombre file en dix jours: tige longue, feuilles pâles, plant qu’on repique trop tard et qui ne rattrape jamais. Ma technique de semis et de repiquage, avec les erreurs que j’ai faites les premières années, est détaillée dans semis en caissette et repiquage.

Châssis, serre froide et abris: trois vérifications avant la vague de froid

Le gel sec tue moins que la condensation. Un châssis resté fermé dix jours en janvier transforme une chicorée en salade vitreuse et fait pourrir les collets. J’ouvre dès que la journée passe au-dessus de 5 °C, je referme vers 15 h 30 pour garder un peu de chaleur, et je glisse une poignée de paille sous les feuilles qui touchent la vitre.

Deux gestes que j’ai ajoutés après avoir perdu une série de plants:

  • je vérifie le niveau du châssis et je le cale sur deux briques: le bois posé à même le sol pourrit par le bas et laisse entrer les limaces
  • je retire la neige tassée sur les vitres, mais je laisse celle qui reste au sol autour du châssis. Elle isole le pied du froid nocturne

La construction et le calage de mon châssis sont dans fabriquer un châssis froid, y compris la version à deux panneaux que j’utilise pour les mâches et les scaroles.

Le tableau de janvier

ChantierQuand dans le moisConditionsCe que ça change
Taille pommiers, poiriers, petits fruitsn’importe quandtemps sec, pas de gel fort, sol ressuyélumière et fructification de l’été
Plantation d’arbres en racines nuesjusqu’à fin févrierhors gel, hors pluie battantereprise quasi certaine au printemps
Semis d’oignons et poireaux précocesfin janviersous châssis froid ou serre froiderécolte avancée de trois semaines
Test de germination des vieux sachetsdébut du mois20 à 22 °C constantcommande ajustée, graines économisées
Commande des grainesavant le 20 janviercatalogue ou site, variétés anciennespas de rupture en février
Révision du matérieljours de pluieatelier, au chaudcoupes nettes toute la saison
Plan de rotation et croquis du potagerfin janviertable, carnet de l’an derniermoins de maladies, parcelles préparées
Paillage complémentaireaprès chaque coup de ventfeuilles, BRF, paillesol toujours couvert jusqu’aux semis
Abris auxiliaires, nichoirsavant le redouxune heure par abrioiseaux et insectes installés en février

Deux heures d’atelier qui changent toute la saison

Janvier est le seul mois où j’accepte de rester à l’intérieur une demi-journée. Ce temps-là, je le passe sur les outils. Un sécateur démonté, lame passée à la pierre, ressort regraissé: la différence se sent au premier pommier de février. J’en profite pour huiler les manches en bois à l’huile de lin, ce qui évite les échardes et les fentes deux ans plus tard.

Puis je dessine le potager de l’année sur une feuille, en repartant du croquis de l’an dernier. Les légumes ne reviennent pas au même endroit, surtout pas les tomates, pommes de terre et autres Solanacées. Le principe de rotation est expliqué en détail dans rotation des cultures au potager, et c’est le genre de décision qu’on prend mal en mars quand tout presse.

Je note aussi ce qui a mal marché. L’an dernier, mon rang de panais s’est fait dévaster par les mulots sous le paillis, ça figure dans mes notes en rouge. Une heure de relecture en janvier vaut mieux que de refaire la même erreur en avril.

Trois erreurs que je ne refais plus en janvier

  • Marcher sur un sol détrempé pour aller voir comment tiennent les poireaux. Vingt secondes de curiosité, trois ans de compaction sous le pied.
  • Semer au chaud sans lumière, par impatience. Un plant d’aubergine filé en janvier ne rattrape jamais un plant semé proprement en février.
  • Acheter des graines au kilo pour faire des économies et les stocker dans le garage humide. J’ai perdu plus de sachets que je n’en ai semés.

Si tu n’as qu’une heure pour le jardin en janvier, mets-la sur la commande des graines et le calage du châssis. Le reste attendra. Ceux qui veulent préparer la suite trouveront les outils et le matériel que j’utilise (sécateur, grelinette, récupérateur) dans les comparatifs du site, et les semis mois par mois sur le blog. Pour la suite de l’hiver, mes notes de décembre sont utiles: potager en décembre et préparer le potager pour l’hiver.

Sources: INRAE pour la vie des sols et les champignons mycorhiziens, Réseau Semences Paysannes pour les semences et leur conservation, Office pour les insectes et leur environnement pour les auxiliaires du jardin.