Que planter en mars : patates, oignons, premières salades
Que planter en mars au potager : pommes de terre primeur, oignons, échalotes, salades et fraisiers. Mes dates à Cauffry, distances et pièges du gel.
Que planter en mars ? Ce n’est pas la même question que celle des semis, et c’est là que beaucoup se trompent. En mars, on plante déjà beaucoup : des tubercules germés, des bulbilles d’oignon, des plants en motte élevés depuis janvier. Chez moi, à Cauffry dans l’Oise, ces plantations démarrent dès que la terre se laisse travailler, souvent autour du 10, parfois seulement le 20 quand l’hiver s’accroche. J’ai perdu trois récoltes de laitues en plantant sur un sol encore froid. Depuis, je ne plante plus à la date du calendrier, mais à celle du sol. Voici ce que je mets en terre en mars, dans quel ordre, et à quelle distance.
Semer, c’est confier une graine au sol et attendre qu’elle lève. Planter, c’est installer un végétal déjà vivant : un tubercule qui a germé, une bulbille d’oignon, une motte de salade avec ses racines. Le second geste est bien plus indulgent que le premier. Une bulbille plantée dans une terre à 7 °C ne pourrit pas forcément, elle patiente. Une graine de carotte dans ce même sol met trois semaines à lever, ou jamais. C’est pour ça que mars redémarre vraiment au potager, alors que les semis en pleine terre y patinent encore. Le calendrier des graines est ailleurs, je l’ai détaillé dans que semer en mars. Ici, on ne parle que de plants et de tubercules.
Pommes de terre : les primeurs fin mars, le reste en avril
Pour les pommes de terre, tout se joue avant la plantation. Les tubercules sortent de la cave en février, direction une cagette claire à 12 ou 15 °C. Quatre à six semaines plus tard, ils portent des germes courts et verts, solides au toucher. Ceux que j’ai laissés dans le noir ont filé en pousses blanches et cassantes, et se sont arrachés à la plantation. Je ne plante que les tubercules dont les germes tiennent.
Côté date, la température du sol décide. Sous 8 °C, le tubercule ne démarre pas et pourrit dans l’humidité. Mon test tient en dix secondes : j’enfonce la main à dix centimètres vers neuf heures du matin, et si j’ai froid au bout de dix secondes, je repasse la semaine suivante. Le second contrôle est le ressuyage. Si la glaise se met en paquets entre mes doigts, la travailler c’est la compacter, et une planche compactée au printemps reste tassée tout l’été. Sur mon argile, cette règle compte plus que n’importe quelle date.
Dans l’Oise, les primeurs partent entre le 25 mars et le 5 avril si la terre est travaillable, juste sous la surface au départ. Les variétés de conservation attendent début avril, quand le sol tient vraiment ses 10 °C. Sur mes rangs, 35 cm entre plants et 65 à 70 cm entre rangs ; les plants plus serrés donnent des tubercules plus petits, ce qui n’a d’intérêt que pour les primeurs. Le choix des variétés et le forçage hâtif sont dans planter des pommes de terre en hiver, je n’y reviens pas.
Un mot sur la profondeur, parce qu’elle dépend du sol. En terre sableuse, 12 cm vont bien. Dans mon argile lourde, je plante à 8 cm sur une butte légèrement surélevée : plus haut, le tubercule ne baigne pas dans l’eau froide après les pluies, et je le butte plus tard.
Oignons, échalotes et ail de printemps : les bulbilles
Les bulbilles arrivent en jardinerie dès février, en filet ou en barquette. Ce sont de petits oignons séchés de l’année précédente, prêts à repartir. Plantés entre la mi-mars et le début avril, ils montent beaucoup moins en graines que les oignons semés, un avantage énorme dans un printemps capricieux. Je les enfonce dans une terre bien rappuyée, pointe affleurante ou couverte de deux centimètres, à 10 cm sur le rang et 25 à 30 cm entre les rangs. Trop profond, la bulbille s’épuise à percer ; trop en surface, les oiseaux la sortent.
Les échalotes suivent le même principe, un peu plus espacées, 12 à 15 cm, en gardant la pointe dehors. Je les plante par temps sec, jamais dans un sol détrempé : un oignon qui passe deux semaines dans la boue pourrit avant d’avoir poussé. Si mars est pluvieux, j’attends avril sans état d’âme.
L’ail de printemps, lui, n’a pas la saveur de l’ail planté en automne et se conserve moins bien. Je le réserve aux rangs où j’ai raté ma plantation d’octobre. Il se plante à 3 ou 4 cm, pointe vers le haut, 10 à 12 cm sur le rang. Et je ne plante jamais d’ail, d’oignon ni d’échalote sur une planche qui a porté de l’ail l’année précédente : la famille des alliacées laisse dans le sol de quoi nourrir la pourriture blanche.
Salades et laitues : le plant qui pardonne presque tout
C’est la plantation la plus rentable de mars. Un plant de laitue en motte, mis en terre avec son collet au niveau du sol, produit en six à huit semaines. J’achète ou j’élève des plants de variétés rustiques : reine des glaces, merveille des quatre saisons, gotte à graine noire, une batavia rouge pour changer. Plantées à 25 ou 30 cm pour les pommées, 20 cm pour les batavias que je récolte feuille à feuille.
Le collet, justement, c’est l’erreur que je vois partout. Enterré de deux centimètres, le plant pourrit en dix jours ; posé à peine au-dessus, il sèche. Je le laisse affleurer, je tasse autour avec la paume et j’arrose au goulot, sans doucher les feuilles. Les quinze premiers jours, un voile posé sur les arceaux protège des gelées nocturnes et freine les oiseaux. Mes laitues plantées le 8 mars sous voile ont toujours mieux repris que celles du 25 mars à l’air libre.
Si tu plantes en pleine terre avant la mi-mars au nord de la Loire, prévois le voile, sinon attends : une nuit à -3 °C transforme une planche fraîchement plantée en feuilles molles. La protection des jeunes plants est détaillée dans protéger le potager du gel.
Fraisiers : mars, c’est le rattrapage
J’ai déjà expliqué pourquoi la plantation de fin d’été reste la meilleure pour les fraisiers. Il reste le cas de ceux qui n’ont pas eu le temps en septembre, et mars reste une fenêtre acceptable. Le plant repris au printemps s’installe, donne quelques fraises en juin, et sa vraie première récolte arrive l’année suivante. La plantation idéale en mars est celle qui se fait dans une terre qui vient de ressuyer, jamais dans un sol détrempé et froid.
Trois points qui décident de la reprise : le plant est enterré collet affleurant, ni plus ni moins ; les racines sont étalées dans le trou, jamais repliées en paquet ; et j’enlève les premières fleurs. C’est frustrant, ça fait perdre six semaines de récolte, mais un plant qui fabrique des fruits au lieu de racines ne tient pas l’été suivant. Distance : 30 à 40 cm sur le rang, 40 à 50 cm entre les rangs, ce qui laisse de la place pour poser le pied au moment de la cueillette. Toute la méthode de base, distances et variétés comprises, est dans planter des fraisiers.
Mes plantations de mars, distances et profondeurs
Les dates ci-dessous sont celles que j’applique dans l’Oise, climat de moitié nord avec gelées jusqu’à la mi-mai. Compte dix jours de plus au nord et en altitude, dix jours de moins dans le Sud.
| Culture | Ma date | Mise en terre | Distances | Protection au démarrage |
|---|---|---|---|---|
| Pomme de terre primeur | 25 mars au 5 avril | germe vers le haut, 8 à 12 cm | 35 cm sur le rang, 65 cm entre rangs | voile si gel annoncé |
| Pomme de terre de conservation | début avril | idem, sol à 10 °C | idem | aucune |
| Oignon (bulbilles) | mi-mars à début avril | pointe affleurante ou 2 cm | 10 cm, rangs à 25-30 cm | aucune |
| Échalote | mi-mars | pointe dehors | 12-15 cm, rangs à 25 cm | aucune |
| Ail de printemps | mars | pointe vers le haut, 3-4 cm | 10-12 cm, rangs à 25 cm | aucune |
| Laitue, batavia | dès le 8 mars sous voile | motte, collet affleurant | 25-30 cm selon la variété | voile si gel |
| Roquette, mâche (plants) | mars | motte, collet affleurant | 15 cm | voile |
| Fraisier | mars, sol ressuyé | collet affleurant, racines étalées | 30-40 cm, rangs à 40-50 cm | voile quinze jours |
| Chou (plants) | mi-mars | collet au sol, terre tassée | 40-50 cm selon la variété | voile contre les altises |
| Poireau d’été (plants) | fin mars à mi-avril | rabattre les feuilles, 10-15 cm | 12 cm, rangs à 30 cm | voile si gel |
Ce sont mes dates, pas une norme. Ce qui se copie, c’est l’ordre : tubercules et bulbilles d’abord parce qu’ils patientent, salades ensuite, fraisiers quand le sol a fini de dégorger.
Rotation et gelées tardives : les deux points à ne pas rater
La rotation se décide au moment de la plantation, pas en janvier sur un plan. La famille des alliacées revient sur la même planche tous les trois ou quatre ans, jamais deux années de suite. Les pommes de terre laissent des tubercules oubliés qui repoussent au milieu de ce qu’on sème derrière, et je ne mets jamais de tomates dans cette planche. Les légumes-feuilles qui viennent de sortir, comme les laitues, laissent une terre propre et bien structurée pour une culture exigeante. Les règles et les successions qui marchent sont dans rotation des cultures au potager.
Restent les gelées. Au nord de la Loire, la dernière gelée sérieuse tombe la plupart des années entre le 10 avril et les saints de glace, vers le 11 mai. Ce qui veut dire qu’une planche plantée fin mars vit encore six semaines sous la menace, et qu’un seul épisode à -3 °C suffit à tout reprendre à zéro. Je garde mes arceaux et un voile de 30 g par planche jusque début mai. Le soin se paie sur les salades et les pommes de terre, qui sont les deux cultures de mars les plus exposées.
Ce que je retiens de mars, et ce qui vient après
Mars ne récompense pas l’impatience, il récompense la lecture du sol. Une semaine d’attente coûte beaucoup moins cher qu’un rang perdu, et les plants en motte plantés le 20 dans une terre ressuyée doublent en dix jours ceux du 5 plantés dans la flotte. Si tu veux vérifier ce que tu as pu oublier le mois précédent, le récapitulatif de février est ici : que planter en février. Les deux mois se lisent ensemble.
Avril prend la suite avec les semis de courgettes et de betteraves, les premiers repiquages de choux et de poireaux, et la plantation des pommes de terre de conservation. Le matériel, lui, se casse à ce moment de l’année : voiles déchirés, arceaux pliés, sécateurs émoussés. Ma sélection testée sur plusieurs saisons est sur la page comparatifs, et le reste du blog avec les derniers articles est par ici.
Photo d’illustration : Chiswick Chap, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0. Dates et distances croisées avec les fiches de culture de la Royal Horticultural Society, pommes de terre et oignons, et les guides de Garden Organic sur les rotations.
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