Que semer en janvier ? Chez moi, dans l’Oise, la réponse tient dans trois caissettes posées sur le radiateur de la buanderie et dans un châssis que j’ouvre un jour sur trois. Le reste du potager dort sous les feuilles. J’ai quand même tenté de remplir les planches dès le premier mois de l’année, plusieurs hivers de suite. Résultat : des graines gonflées qui pourrissent, des plantules blanches qui s’écroulent au repiquage, et de la place perdue dans la serre froide. Janvier ne sert pas à semer large, il sert à semer juste. Voilà la liste que je suis maintenant sans discuter.

La lumière gouverne janvier, pas le thermomètre

Tout le monde surveille les gelées. Le vrai patron du mois, c’est la lumière. À Cauffry, la journée dure 7 h 50 au 1er janvier et 8 h 55 au 31. Une heure gagnée en un mois, c’est mieux que rien, mais ça reste très court.

Pourquoi ça compte plus que la température ? Parce qu’une graine peut très bien germer à 15 °C et donner une plantule longue, pâle, qui s’affaisse dès que le cotylédon s’ouvre. J’ai perdu deux semis de tomate comme ça avant de comprendre où était le problème : la levée n’était pas en cause, la lumière l’était. Un semis de janvier raté, dans neuf cas sur dix, c’est un problème de plantule, pas de germination.

La seconde contrainte, c’est le sol. Une terre à 4 °C, personne ne travaille dedans : ni les graines, ni les micro-organismes. Mon thermomètre de sol à sonde, planté à 10 cm sous 8 cm de paillage, m’a donné entre 3 et 6 °C tout le mois de janvier dernier. Autrement dit, semer dehors à cette période est un pari, et il est perdu d’avance.

Les chiffres publiés par l’université d’État de l’Oregon le confirment : dans sa table des températures de germination des légumes, une graine d’oignon placée à 10 °C sort en treize jours, contre sept jours à 15 °C. À 1 °C, la même graine met 135 jours, ce qui revient à dire qu’elle ne sortira pas avant que le sol se réchauffe tout seul. La température du sol, ce n’est pas un détail de perfectionniste : c’est le calendrier réel.

Trois températures à ne pas confondre

Je vois souvent la confusion dans les questions qu’on me pose. Trois ambiances différentes, trois usages.

  • Dehors, en pleine terre : 3 à 6 °C dans mon jardin en janvier. Rien du potager n’y germe, sauf un engrais vert semé en décembre sur un sol encore tiède.
  • Sous abri froid (châssis, serre non chauffée, tunnel) : 5 à 12 °C selon l’ensoleillement. La mâche et la laitue d’hiver y tiennent, mais rien n’y démarre vite.
  • Sous abri tempéré (pièce de la maison, caissette sur un radiateur, tapis chauffant) : 18 à 24 °C. C’est là que se joue tout janvier.

Le bon réflexe : mesurer. Un thermomètre de sol à sonde coûte moins de quinze euros et évite de semer pour rien. J’ai semé trois ans de suite des carottes début février en me fiant à la météo de l’air, alors que la sonde disait 7 °C à 5 cm. Elles ont levé avec un mois de retard.

Ce que je sème en janvier, culture par culture

Le tableau ci-dessous, c’est mon carnet recopié au propre. Les durées sont celles que j’observe chez moi en caissette à 18-20 °C, pas les fourchettes optimistes imprimées sur les sachets.

CultureSemis en janvier ?TempératureLevée observéeSuite du cycle
Oignon (plants à repiquer)Oui, la priorité absolue18-20 °C10 à 15 joursrepiquage en mars, récolte en août
Poireau d’automne (Bleu de Solaise, Jaune du Poitou)Oui, dès la mi-janvier15-20 °C15 à 20 joursplantation en mai-juin
Céleri rave et céleri brancheOui en fin de mois, graines en surface15-18 °C18 à 25 joursrepiquage en godet en mars
Aubergine, poivronSeulement avec fond de chaleur22-28 °C8 à 15 joursculture sous serre chauffée
TomateNon--semis fin février à mars
Basilic, courgette, concombreNon--mars-avril
Laitue de printempsPossible, résultat médiocre15-18 °C8 à 12 joursplantules filées, repiquage fragile
Bégonia, géranium, pétuniaOui20-22 °C10 à 20 joursfleurs d’été, croissance lente assumée
Aromatiques vivaces (thym, sarriette)Non, trop lent--mars-avril
Légumes en pleine terreNon, sol trop froid--février au plus tôt

Ce tableau est volontairement court. Un potager de janvier, ce n’est pas une pépinière : quatre ou cinq espèces suffisent à occuper la place disponible sous abri tempéré, et au-delà on empile des godets qui se gênent et s’étiolent.

Oignons et poireaux, mes deux semis non négociables

Si je ne devais garder que deux semis en janvier, ce seraient ceux-là. Les deux se ressemblent : semis dense, en caissette, repiquage plus tard. Et les deux expliquent pourquoi janvier existe au potager.

L’oignon part le premier, dans les tout premiers jours du mois. Semis serré, une caissette de 20 sur 30 cm suffit pour deux cents plants, graines juste recouvertes d’un demi-centimètre de terreau. Le semis doit rester humide mais pas détrempé : c’est là que je me suis planté la première année, avec une caissette noyée qui a moisi en dix jours. Depuis, j’arrose par le dessous, dans une bassine, et je laisse égoutter.

Les plants d’oignon se repiquent quand ils atteignent la taille d’un crayon, vers mars. Ceux que je plante trop petits montent en graines à la première chaleur, et une montée à graines, c’est un oignon perdu.

Le poireau suit vers le 15 janvier. Même méthode, mais je le sème plus clair, un centimètre entre les graines, pour pouvoir le laisser deux mois en caissette sans qu’il s’asphyxie. Les poireaux semés en janvier donnent les meilleurs résultats pour les variétés d’automne : ils ont le temps de grossir avant les nuits courtes de septembre.

Le céleri arrive en fin de mois. Particularité que beaucoup ignorent : les graines de céleri ont besoin de lumière pour germer. Je les pose sur le terreau tassé, je presse du plat de la main, je ne recouvre pas, puis je coiffe la caissette d’un film transparent pendant dix jours. Dès les premières levées, j’ouvre.

L’aubergine et le poivron : le seul cas où je chauffe

Là, janvier ne suffit pas. Ces deux-là demandent 22 à 28 °C pour germer, et une pièce à 20 °C les fait lanterner trois semaines. J’ai essayé sans fond de chaleur pendant deux saisons : les aubergines ont levé, mais pas avant la mi-mars, ce qui annulait tout l’intérêt.

Depuis, j’utilise un tapis chauffant de faible puissance sous la caissette, et je le débranche dès que les plantules sortent. Une fois levées, ces cultures ont besoin de lumière, justement ce qui manque en janvier, et un fond de chaleur permanent les transforme en tiges molles. Si tu n’as pas de tapis chauffant, il vaut mieux attendre février : ce sera plus fiable qu’un semis de janvier qui traîne.

Ce qui attend février, et pourquoi je ne force plus

La tomate en janvier, voilà l’erreur que je faisais chaque année. Une tomate semée le 15 janvier se repique dans une terre froide vers le 15 avril, soit trois mois de culture en godet. Trois mois dans un godet de 8 cm, ça donne une plante au système racinaire enroulé sur lui-même, qui produit moins qu’une tomate semée fin février. Je l’ai vérifié sur deux rangs voisins, avec la même variété : les plants tardifs ont rattrapé puis dépassé les précoces dès la mi-juillet.

Même chose pour le basilic, les courgettes, les concombres, les capucines, les tournesols. Semer en janvier, c’est ajouter six semaines à la durée de vie d’une plante sans lui donner une minute de croissance utile.

Il reste un cas un peu particulier, celui des fleurs annuelles à croissance lente : bégonia, géranium, pétunia se sèment en janvier sous abri tempéré et il faut bien compter huit à dix semaines avant la plantation. Ces semis ne rapportent rien pour le potager, mais si tu veux des bordures fleuries dès juin sans les acheter à prix fort, c’est le bon moment.

Mon carnet de janvier, une tâche par semaine

Un mois d’hiver se remplit vite quand on le découpe. Chez moi ça ressemble à ça.

  • Semaine 1 : inventaire des sachets de graines, mise à l’écart de ceux dont la date dépasse quatre ans, et semis des oignons.
  • Semaine 2 : vérification du matériel, caissettes lavées à l’eau chaude, terreau de semis acheté (pas du terreau de rempotage, trop grossier), étiquettes.
  • Semaine 3 : poireaux, puis céleri en fin de semaine, graines non recouvertes.
  • Semaine 4 : aubergines et poivrons uniquement si j’ai le fond de chaleur, commande des graines manquantes pour la saison, et un tour au potager pour vérifier que le paillage tient sur les planches.

Ce dernier point vaut un détour : en janvier, je ne touche pas au sol, je le regarde. Sur les planches qui ont reçu du BRF en automne, la couche est descendue à 5 ou 6 cm. Je complète avec des feuilles broyées, sans retourner. Ça m’évite de perdre deux mois de travail biologique au printemps. Ceux qui veulent la version longue de cette logique peuvent lire mon article sur le potager en janvier, il couvre la partie sol et taille que je ne développe pas ici.

Trois outils qui changent tout

Trois choses, pas plus. Un terreau fin et propre, d’abord : j’ai longtemps semé dans le même sac que mes rempotages, avec des échecs inexplicables sur les graines fines. Un semis dans un substrat trop riche lève mal et file.

La lumière compte tout autant, même modeste. Une lampe horticole à 20 cm au-dessus des caissettes, allumée dix heures par jour, change tout pour les cultures qui restent plusieurs semaines en intérieur. Sans elle, la plantule cherche la fenêtre, s’étire, et ne s’en remet pas.

Dernier point, un abri froid bien conçu. Mon châssis, monté avec de vieilles vitres et un fond de gravier, m’a coûté presque rien. Tu trouveras la méthode dans fabriquer un châssis froid, et pour le reste, la page comparatifs regroupe ce que j’ai réellement testé sur les tapis chauffants, voiles et godets. Pour choisir les variétés et les dates de semis, je me fie aux références de la Société nationale d’horticulture de France, plus fiables que les calendriers de jardineries.

Si tes semis de janvier échouent malgré tout, la cause est presque toujours la même : trop d’arrosage, pas assez de lumière, terreau trop grossier. Avant de recommencer, jette un œil à semis en caissette et repiquage, où je détaille les gestes du repiquage, et à que semer en décembre pour comprendre ce que le mois précédent autorisait déjà. Ce que je n’ai pas le temps de faire en janvier, je le note pour février : c’est le principe du saut de mois, et ça m’a fait gagner bien plus de plants que n’importe quel équipement.

Le bon calendrier de janvier tient donc en une phrase : oignons, poireaux, céleri sous abri tempéré, fleurs lentes si ça t’amuse, et rien d’autre. Le reste est une question de patience, et le potager s’en porte mieux.

Sources : OSU Extension Service (université d’État de l’Oregon), températures de sol pour la germination des légumes ; Société nationale d’horticulture de France. Durées du jour calculées pour la latitude de Cauffry (49,3° N). Photo : Wikimedia Commons, KVDP, domaine public.