Que planter en janvier ? Beaucoup plus que ce que la plupart des jardiniers imaginent, à une condition non négociable : que le sol reste ouvert. Janvier n’est pas un mois mort pour la plantation, c’est le mois des racines nues. Chez moi, sur une argile limoneuse du bassin parisien, la fenêtre utile se situe entre le 5 et le 30, coupée de deux ou trois jours de gel chaque semaine. Les arbres dorment, les racines travaillent encore un peu, et c’est exactement ce qu’on cherche.

Le seul critère qui décide : le sol s’ouvre-t-il ?

Je ne regarde plus le calendrier avant de planter, je regarde le sol. Un trou creusé à la bêche doit se tenir sans s’effondrer, et la motte doit s’émietter sous la main au lieu de coller en paquet. Si la terre est gelée sous cinq centimètres, tu attends : un arbre planté dans une semelle gelée reste bloqué jusqu’à mars et repart avec six semaines de retard.

L’autre piège de janvier, c’est l’eau et non le froid. Une terre détrempée se compacte sous les bottes et un trou de plantation se remplit comme un seau. J’ai perdu deux cassissiers comme ça, les racines ont pourri dans une cuvette inondée après trois semaines de pluie. Depuis, je plante sur une planche posée au sol pour répartir le poids, et je vérifie le drainage deux heures après avoir creusé. Si le trou tient l’eau, je remets la terre, je tasse, et je reviens fin février.

Un dernier repère utile : le thermomètre du sol. Au-dessus de 5 °C à dix centimètres, les racines émettent encore des radicelles. En dessous de 4 °C, tout est en pause. Un thermomètre à sonde de cuisine enterré dix minutes te donne la réponse en une minute, ça vaut mieux que n’importe quel dicton.

Les fruitiers en racines nues, le vrai chantier du mois

Pourquoi janvier bat février pour les pépins

Pommier, poirier, cognassier, prunier, cerisier : tous se plantent en racines nues, et janvier est souvent la meilleure date de l’hiver. L’arbre a été arraché en pépinière depuis quelques semaines, il est en dormance complète, il n’a rien à évaporer. Planté maintenant, il dispose de huit semaines avant le débourrement pour installer ses radicelles dans un sol encore à 6 °C. Planté le 20 février, il n’a plus que trois semaines et il puise dans ses réserves.

Le prix va dans le même sens : un scion en racines nues coûte deux à trois fois moins qu’un arbre en conteneur de même variété, et il s’installe mieux. La contrepartie, c’est que tu n’as pas le droit de le laisser traîner. Un scion qui attend quinze jours dans un garage se dessèche par les racines fines, même emballé dans un sac humide. Je commande en octobre pour une livraison fin décembre, et je plante dans la semaine. Le détail du matériel et des distances est dans planter un verger en racines nues.

Le protocole que j’applique sur chaque scion

Le trou fait 40 cm de côté et de profondeur, sans plus. Trop profond, l’arbre s’enfonce et le collet se retrouve enterré, ce qui le fait mourir en deux saisons. Je plante le collet au niveau du sol, jamais plus bas, en repérant la marque de greffe qui doit rester visible.

Le pralin, ensuite : moitié argile du trou, moitié bouse fraîche, délayés à l’eau jusqu’à une bouillie qui tient sur la main. Les racines trempent une heure dedans, puis je les étale en étoile au fond du trou sur un cône de terre tassée. Je recouvre d’abord avec la terre de surface, la meilleure, celle qui était sous l’herbe. J’arrose copieusement une fois, pour plaquer la terre contre les racines et chasser les poches d’air.

Je tuteure systématiquement, même un scion de 80 cm : un arbre qui bouge au vent casse ses jeunes racines à chaque rafale. Tuteur à 20 cm du tronc, du côté des vents dominants, lien souple en caoutchouc ou en chambre à air. Et je taille le scion d’un tiers en hauteur, parce qu’un système racinaire amputé ne peut pas nourrir la même longueur de bois. Les gestes de formation pour les années suivantes sont décrits dans la taille du pommier.

Ceux qui ont raté la fenêtre de décembre sont encore dans les temps. J’ai détaillé ce qui se plantait le mois dernier dans que planter en décembre : les mêmes familles reviennent, avec une exigence de sol plus souple.

Les arbustes à racines nues, l’occasion à ne pas laisser passer

Petits fruits et haies vivent exactement la même fenêtre. Un plant en racines nues de groseillier ou de noisetier vaut trois fois rien, reprend presque toujours, et te fait gagner une année sur un plant en godet. C’est le moment de compléter une haie, de remplacer un trou dans une bordure, ou de démarrer un carré de petits fruits.

ArbusteDistance de plantationRepère de janvierCe que j’en pense
Cassissier1,5 mFenêtre entièreLe plus accommodant, il reprend même sans pralin
Groseillier à grappes1,2 mFenêtre entièreProdige à 2 ans, mais sensible au gel de floraison
Groseillier à maquereau1,2 mJusqu’à fin janvierPiquant, à réserver aux coins perdus
Framboisier40 cm en ligneFenêtre entièreCannes à rabattre à 20 cm à la plantation
Noisetier2 mJusqu’à fin janvierCroissance rapide, utile en brise-vent comme en haie
Sureau noir2 mJusqu’à mi-févrierPousse dans tout, y compris l’argile mouillée

Dans la pratique, je rabats tous ces plants à 20 cm du sol après la mise en terre. Ça semble brutal, ça l’est, mais ça force une reprise depuis la souche au lieu d’un dépérissement progressif des branches hautes. Les framboisiers remontants plantés en janvier donneront une petite récolte dès septembre.

Pour les boutures, janvier est aussi le mois des rameaux prélevés sur bois dur. Je coupe des tronçons de 20 cm sur les tiges de l’année, je les plante aux deux tiers dans un substrat sableux, et j’ai une demi-douzaine de plants gratuits à l’automne. La méthode complète est dans bouturer les groseilliers et cassissiers en automne, et la plantation de mes framboisiers est détaillée dans planter des framboisiers en automne.

Les bulbes : retard rattrapable et forçage intérieur

Un bulbe de printemps planté en janvier, ce n’est pas perdu. Il fleurira deux à trois semaines plus tard qu’un bulbe planté en octobre, avec des tiges un peu plus courtes, mais il fleurira. La règle des deux à trois fois la hauteur du bulbe reste valable, sauf si le sol est déjà travaillé à 20 cm : dans ce cas, tu poses et tu couvres.

BulbePlantation en janvierRésultat réelAstuce
TulipeOui, jusqu’au 20Floraison fin avrilEspacer de 12 cm, ça limite la pourriture
NarcisseOui, jusqu’à fin janvierMi-mars à début avrilSe naturalise, à laisser en place
CrocusOuiFévrier-mars5 cm de profondeur suffisent
JacintheOui en pleine terreAvrilEn pot et au chaud, elle se force en 10 semaines
Ail ornementalDéconseillé en janvierFleurit malAttendre septembre

Le forçage reste le projet le plus gratifiant du mois, surtout avec des enfants. Tu prends trois jacinthes, un pot, un substrat léger, tu plantes les bulbes serrés avec la pointe au niveau de la terre, tu arroses une fois, et tu mets le pot au noir au frais pendant huit semaines. Ensuite, tu remontes progressivement à la lumière dans une pièce à 18 °C et la floraison arrive en dix jours. J’ai testé l’année dernière dans un garage à 8 °C, ça marche très bien et ça sent bon dès février dans la maison. Les variétés les plus fiables pour cet exercice sont listées dans mon article sur les bulbes d’automne.

Le poireau et l’ail, eux, attendent. Janvier n’est pas leur mois, et un ail planté dans une terre froide et humide pourrit avant de lever.

Ce qui ne se plante pas en janvier, malgré ce qu’on lit

Les légumes d’été en pleine terre : impossible, la graine ne germe pas sous 8 °C et la plantule gèle. Les aromatiques méditerranéennes (romarin, thym, lavande) : elles supportent le froid mais détestent le sol détrempé, et janvier est leur pire mois pour la reprise. Les vivaces en godet : elles s’installent mieux en septembre ou en mars. Et les arbres en conteneur vendus en jardinerie à cette saison, souvent des plants forcés en serre : laisse-les, la reprise est aléatoire.

Si tu veux voir ce qui se sème à cette période, c’est une autre histoire et ça se passe sous abri : j’ai fait le tri dans que semer en janvier.

Le sol d’abord, la plantation ensuite

Avant de sortir un arbre de sa jauge, je regarde l’état du terrain. Une parcelle nue depuis l’automne est lessivée : j’apporte du compost mûr en surface, jamais enfoui, et je laisse les vers faire le travail. Sur une planche qui portait des engrais verts, je fauche au ras, je laisse le mulch en place et je plante directement à travers.

La période est aussi idéale pour les travaux de fond, parce que rien ne pousse et que tout se voit : je répare les bordures, je vidange les oyas fissurés, je repasse le broyeur sur les branches taillées en décembre. Un mois de janvier utile, c’est un mois où le sol n’est pas nu et où le matériel revient au propre.

Un mot sur le gel annoncé : un arbre fraîchement planté supporte -8 °C sans broncher, à condition d’être bien arrosé avant. Un plant arraché la veille, avec des racines à nu, craint en revanche le dessèchement par vent sec plus que le froid. Je paille le pied sur 10 cm et c’est réglé.

Pour les outils, janvier est le moment de vérifier ce qui vaut la peine d’être acheté avant les premiers semis : quelques repères et le budget réel sont dans la page comparatifs du site.

Planter en janvier, c’est arbitrer entre l’envie d’avancer et l’état du sol. Quand les deux se rejoignent, tu sors avec la bêche, tu plantes, et tu ne touches plus à rien jusqu’à mars. Sur les dix arbres plantés un janvier pluvieux, je n’en ai perdu aucun. Ceux de l’année suivante, plantés en mars par impatience, m’ont coûté trois remplacements. Il n’y a pas de meilleur argument que ça.

Sources

  • Royal Horticultural Society, conseils de plantation des arbres et arbustes : rhs.org.uk/advice
  • INRAE, travaux sur le fonctionnement racinaire et la dormance hivernale : inrae.fr
  • Photos : Wikimedia Commons (Apple trees in winter, licence libre)